Éléphant, ou le temps suspendu
Danse / MARDI 18 OCTOBRE 20H  / Théâtre Saragosse
1H / TARIF B

Le travail de Bouchra Ouizguen, chorégraphe marocaine, se nourrit des arts populaires de son pays, mais aussi des arts visuels et des questionnements que soulève la société contemporaine. Elle a d’abord rêvé la pièce Éléphant pour ces êtres extra-ordinaires croisés au détour d’une rue ou lors d’un voyage, héros ordinaires – paysans, jardiniers, femmes de ménage – qui peuplent son quotidien. C’est dans la poussière, avec les oiseaux, dans les forêts et les déserts qu’elle nourrit son imaginaire. Elle se met à l’écoute de ce qui tend irrémédiablement à disparaître, comme l’éléphant qui lui a inspiré le titre de sa pièce. Accompagnée par des artistes chanteuses et musiciennes issues de la tradition populaire marocaine et collaboratrices de longue date, Bouchra Ouizguen est à la recherche de nouveaux (dés)équilibres avec un casting inédit qui confronte sans les mêler des univers et imaginaires très affirmés. Éléphant renouvelle l’approche développée dans ses précédentes créations, telles que Madame Plaza (2010) ou Ha ! (2012), pièce accueillie lors de l’édition 2017 de Résonance(s). Explorant de manière radicale le son à travers la voix et les percussions, la chorégraphe invite à un retour aux émotions et aux sons bruts. Les chants se mêlent aux cris, aux râles et aux pleurs. Ils semblent émaner d’un chœur antique dont les bruits assourdissants charrient leur cortège de souvenirs enfouis. Quand tout ce qui nous entoure tend à disparaître, Bouchra Ouizguen cherche ce qui se transmet et nous parle d’humanité tantôt avec sobriété et retenue, tantôt avec éclat et fureur.

Direction artistique Bouchra Ouizguen — Danseuses et chanteuses Milouda El Maataoui, Bouchra Ouizguen, Halima Sahmoud, Joséphine Tilloy — Scénographie lumineuse Sylvie Mélis — Régie son Chloé Barbe — Administration, production Mylène Gaillon — Avec le soutien de la Fondation d’ entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings. — Crédit photos Tala Hadid
PRODUCTION

Production Compagnie O. / Coproduction Kunstenfestivaldesarts, Festival Montpellier Danse, Festival d’Automne à Paris, Les Spectacles vivants - Centre Pompidou - Paris, Wiener Festwochen, Cultural Foundation – Abu Dhabi, AFAC (Arab Fund for Art and Culture), HAU Hebbel am Ufer - Berlin, ERT Emilia Romagna Teatro - Italie, Kampnagel, Service de Coopération et d’Action Culturelle de l’Ambassade de France au Maroc.

Le travail de Bouchra Ouizguen, chorégraphe marocaine, se nourrit des arts populaires de son pays, mais aussi des arts visuels et des questionnements que soulève la société contemporaine. Elle a d’abord rêvé la pièce Éléphant pour ces êtres extra-ordinaires croisés au détour d’une rue ou lors d’un voyage, héros ordinaires – paysans, jardiniers, femmes de ménage – qui peuplent son quotidien. C’est dans la poussière, avec les oiseaux, dans les forêts et les déserts qu’elle nourrit son imaginaire. Elle se met à l’écoute de ce qui tend irrémédiablement à disparaître, comme l’éléphant qui lui a inspiré le titre de sa pièce. Accompagnée par des artistes chanteuses et musiciennes issues de la tradition populaire marocaine et collaboratrices de longue date, Bouchra Ouizguen est à la recherche de nouveaux (dés)équilibres avec un casting inédit qui confronte sans les mêler des univers et imaginaires très affirmés. Éléphant renouvelle l’approche développée dans ses précédentes créations, telles que Madame Plaza (2010) ou Ha ! (2012), pièce accueillie lors de l’édition 2017 de Résonance(s). Explorant de manière radicale le son à travers la voix et les percussions, la chorégraphe invite à un retour aux émotions et aux sons bruts. Les chants se mêlent aux cris, aux râles et aux pleurs. Ils semblent émaner d’un chœur antique dont les bruits assourdissants charrient leur cortège de souvenirs enfouis. Quand tout ce qui nous entoure tend à disparaître, Bouchra Ouizguen cherche ce qui se transmet et nous parle d’humanité tantôt avec sobriété et retenue, tantôt avec éclat et fureur.

DISTRIBUTION

Direction artistique Bouchra Ouizguen — Danseuses et chanteuses Milouda El Maataoui, Bouchra Ouizguen, Halima Sahmoud, Joséphine Tilloy — Scénographie lumineuse Sylvie Mélis — Régie son Chloé Barbe — Administration, production Mylène Gaillon — Avec le soutien de la Fondation d’ entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings. — Crédit photos Tala Hadid

 
INSTANTS PLURIELS
Compagnie O / Bouchra Ouizguen
WORKSHOP DANSE
SAMEDI 15 OCTOBRE 10H-13H
Théâtre Saragosse

Bouchra Ouizguen invite le public à découvrir le travail de la Compagnie O, compagnie marocaine de danse contemporaine basée à Marrakech, à travers un atelier mené collectivement par la compagnie. Seront proposées des pistes qui guident leur travail d’improvisation. La compagnie incite également à goûter à différentes danses marocaines qui appartiennent culturellement à plusieurs régions du sud du Maroc. Danseuse chorégraphe marocaine, Bouchra Ouizguen vit et travaille à Marrakech où elle s’est engagée dans le développement d’une scène chorégraphique locale depuis 1998. Danseuse autodidacte dès l’âge de 16 ans, elle créé des pièces nourries par ses intérêts pour la musique, la littérature et les arts visuels au côté d’artistes chanteuses et musiciennes issues de la tradition populaire du sud du Maroc.

Tous publics. Tarif unique 25€.
Les participants bénéficient d’un tarif réduit pour le spectacle Éléphant.

 

Bouchra Ouizguen
Bouchra Ouizguen est une danseuse et chorégraphe marocaine née en 1980 à Ouarzazate. Elle vit et travaille à Marrakech où elle s’est engagée dans le développement d’une scène chorégraphique locale depuis 1998. Danseuse autodidacte dès l’âge de 16 ans, elle crée ses premières pièces expérimentales telles que « Ana Ounta » ou « Mort et moi » nourries par ses intérêts pour le cinéma, la littérature, la musique...
Cofondatrice de l’association Anania en 2002, elle fonde la Compagnie O en 2010. La même année, elle reçoit en France le prix de la révélation chorégraphique de la société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) et le prix du syndicat de la critique Théâtre Musique Danse avec le libérateur Madame Plaza, où elle partage la scène avec des artistes issues de la tradition des Aïtas. En juin 2012, elle crée Ha ! au Festival Montpellier Danse qu’elle présente ensuite en 2013 au Centre Georges Pompidou. En février 2014, elle crée Corbeaux, pièce-sculpture pour 17 danseuses à la Biennale Art In Marrakech. Cette performance lui inspirera deux vidéos – Corbeaux et Fatna - présentées dans le cadre d’une installation au Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM) en 2017. En 2015, elle réunit quatre artistes ayant déjà participé à ses précédentes pièces pour créer Ottof, présenté au Festival Montpellier Danse en juin 2015. En 2017, elle crée Jerada, spectacle imaginé pour les danseurs de Carte Blanche, Compagnie nationale de danse contemporaine de Norvège. Le spectacle reçoit en 2018 le Prix de la critique du meilleur spectacle de danse en Norvège. En 2019, dans le cadre de la Biennale internationale d’art contemporain de Rabat, elle présente Eléphant ou le temps suspendu, pièce chorégraphique et musicale au Musée des Oudayas. Ses spectacles sont présentés à l’international dans des institutions telles que le Tate Modern, le Musée national d’art moderne et contemporain de Séoul, le Brooklyn Museum, Power Station of Art à Shanghai, etc. Sa dernière création Eléphant a été présentée en avril 2022 au Kunstenfestivaldesarts.

On retrouve Bouchra Ouizguen dans une nouvelle pièce vibrante, toujours placée au cœur de sa culture marocaine, et portée par une puissante sororité. La musique arrive du lointain. Une fête, peut-être, dont les notes orientales explosent en rondeurs percussives et en accents aigus. Une invitation au voyage et à la détente vite rattrapée par une scène de la vie quotidienne qui frappe concomitamment le plateau, quand une à une les femmes viennent en nettoyer le sol, seaux et serpillères à la main. Hanches pliées, dos entièrement courbés sur les genoux, têtes lourdes, elles font serpenter leurs chiffons jusqu’à effacer les moindres traces de pas qu’il restait, rendant l’espace vierge. Purifié par l’encens, le voici prêt à accueillir une étrange créature : ni homme ni femme, le visage perdu sous une longue chevelure végétale, en longue et épaisse tunique chamarrée, elle se présente en une marche dansante presque incantatoire. Sa diagonale teintée de butô, de saccades et de tournoiements pose un imaginaire flottant autour d’un rituel sans doute, d’une culture venue de loin certainement, de croyances passées. Ceci posé, apparaissent alors les femmes dans leurs puissances vocales, magnifiquement habillées de robes, dont les tissus colorés et brodés résonnent dans l’espace noir de la scène comme dans une toile de peintre. Qu’elles soient installées sur un tapis, ou en pleine danse, elles font de leur chant le personnage essentiel avec lequel faire vibrer l’espace, le remplir, qui noue la relation avec le public mais aussi entre elles. Bouchra Ouizguen met en scène leurs présences comme échappées de moments de vie aux gestes simples. Mais quand l’une d’entre elles semble s’échapper dans un solo rageur, brassant l’air de son bras engoncé par l’étoffe sans céder aux spirales orientales, les autres viennent alors la soutenir de leurs voix, l’encourager, la défier, porter sa différence jusqu’à la chute. Chants traditionnels, spirituels, chant au père ou chant à la mère s’incarnent dans leurs corps puissants et chatoyants jusqu’à son apogée, l’épuisement libérateur qui fera rupture. D’autres habits prennent ensuite plus modestement le relai, laissant place à des scènes d’une grande profondeur, comme cet enchaînement de portés, toujours chantés, qui montre leur soutien mutuel, ou cette scène de pleurs incandescente qui les soude plus encore. Le spectacle ne dit pas dans quelle mesure la chorégraphe puise littéralement dans des rituels, cérémonies, ou célébrations qui baignent sa culture marocaine, si elle les met à distance, si elle s’en extrait, si elle les réactualise… L’essentiel n’est sans doute pas là. Laissons-nous porter par ce que ces sœurs nous renvoient, dans toute leur beauté, dans toute leur puissance à exister face au monde qui les regarde.
La Terrasse, Nathalie Yokel, le 20/06/22.

Bien que cela fasse des années que je crée des spectacles, je ne cesse de remettre en question la légitimité à poursuivre cette voie et à remonter une pièce. Si elle est loin d’être une évidence, c’est pourtant au sein même de ces doutes que surgit mon désir de me réengager dans la voie de la création. Les notions d’inconnu, de rêves, de fragilité, de vérités, de masques qui sont au cœur de l’existence ne cessent de contaminer mon processus chorégraphique et d’alimenter mon imaginaire créatif. Une pièce surgit aussi bien du vide et du silence que du chaos de mon esprit et des doutes qui l’envahissent... Tout l’enjeu consiste alors à cheminer progressivement et collectivement vers une forme que j’espère toujours empreinte de liberté.
Eléphant, je l’ai d’abord rêvé pour des hommes et des femmes extraordinaires que j’aurais pu croiser au détour d’une rue ou lors d’un voyage. Ils font écho à mes héros ordinaires – paysans, jardiniers, femmes de ménage – peuplant mon quotidien. Ce sont en premier lieu les interprètes de la Compagnie, artistes expérimentées issues de la tradition populaire, que j’ai rencontrées dans la région du sud du Maroc au fil des années et qui ne cessent de m’inspirer depuis lors. Que serions-nous sans des passeurs de tous âges et de tous temps ? Le tâtonnement et le cheminement sont une aventure à la fois individuelle et collective. La différence, la friction avec l’inconnu, les risques encourus et le choix d’un destin commun nourrissent cette quête individuelle au même titre que la nature et les environnements de chacun, qu’ils soient réels ou fantasmés. C’est dans la poussière, avec les oiseaux, dans les forêts, les déserts, les cabarets, la rue que les autres m’inspirent. Le son et la musique participent de cette mythologie rêvée en convoquant magiquement des espaces temporels qui, suivant le cours des choses, tendent irrémédiablement à disparaître : chants et musiques puisés dans le répertoire populaire marocain ramenés à la vie par un chœur de musiciennes venu du fond des âges...
Eléphant est la suite de mes créations. Il est aussi un commencement, une sorte d’espoir quand tout ce qui nous entoure tend à disparaître. Je cherche ce qui se transmet, ce qui parle d’humanité. Un acte collectif où pourrait exister un cheminement vers soi, qui ne renie pas l’Homme.
Bouchra Ouizguen