DANIEL LINEHAN
DBDDBB
Danse VENDREDI 17 MARS 20H30 / Théâtre Saragosse
1H00 / TARIF B

PARCOURS DANIEL LINEHAN NOT ABOUT + DBDDBB : 26€

Depuis sa première pièce, Not about everything (2007), où danse et discours sont soumis à l’épuisement d’une course effrénée, le chorégraphe Daniel Linehan creuse la relation entre parole et mouvement : ça parle, ça saute, ça chante, ça crie, ça court, ça vocalise – dans un joyeux mélange minutieusement orchestré. Pour dbddbb (prononcer « dibididibibi »), les cinq interprètes se laissent entraîner par les consonances syllabiques d’une langue absurde qu’ils scandent, sur le modèle des performances vocales dadaïstes. Sur scène, des dizaines de barres métalliques pendues au plafond — une vingtaine d’entre elles chaussées de baskets — composent un décor en forme de carillon géant, à la surface duquel miroitent les éclairages. La structure quadrillée de la marche se met à onduler et à vibrer avec les voix des danseurs, continuellement bouleversée, conduisant à des conjonctions paradoxales. Jouant avec le non-sens, dbddbb segmente la réalité pour mieux la comprendre et en ré-articuler les morceaux dans un puzzle sonore inédit.

« Entre démonstration humoristique de l’insignifiant et formalisme ludique de la chorégraphie, la dernière création de Daniel Linehan suscite l’intérêt du public pour le jeu expérimental et le plaisir gratuit pris à la forme esthétique. » Florian Gaité, parisart.com, janvier 2016.

HIATUS COMPAGNIE / CONCEPTION ET CHORÉGRAPHIE DANIEL LINEHAN / CRÉATION ET INTERPRÉTATION MARCUS BALDEMAR, ANNELEEN KEPPENS, LIZK INOSHITA, DANIEL LINEHAN, VÍCTOR PÉREZ ARMERO / REGARD EXTÉRIEUR MANON SANTKIN / SCÉNOGRAPHIE 88888 / CRÉATION LUMIÈRES JAN FEDINGER / CRÉATION COSTUMES FRÉDÉRICK DENIS / COORDINATION TECHNIQUE ELKE VERACHTERT / crédit photos Daniel Linehan & Jeroen Verrecht

Depuis sa première pièce, Not about everything (2007), où danse et discours sont soumis à l’épuisement d’une course effrénée, le chorégraphe Daniel Linehan creuse la relation entre parole et mouvement : ça parle, ça saute, ça chante, ça crie, ça court, ça vocalise – dans un joyeux mélange minutieusement orchestré. Pour dbddbb (prononcer « dibididibibi »), les cinq interprètes se laissent entraîner par les consonances syllabiques d’une langue absurde qu’ils scandent, sur le modèle des performances vocales dadaïstes. Sur scène, des dizaines de barres métalliques pendues au plafond — une vingtaine d’entre elles chaussées de baskets — composent un décor en forme de carillon géant, à la surface duquel miroitent les éclairages. La structure quadrillée de la marche se met à onduler et à vibrer avec les voix des danseurs, continuellement bouleversée, conduisant à des conjonctions paradoxales. Jouant avec le non-sens, dbddbb segmente la réalité pour mieux la comprendre et en ré-articuler les morceaux dans un puzzle sonore inédit.

« Entre démonstration humoristique de l’insignifiant et formalisme ludique de la chorégraphie, la dernière création de Daniel Linehan suscite l’intérêt du public pour le jeu expérimental et le plaisir gratuit pris à la forme esthétique. » Florian Gaité, parisart.com, janvier 2016.

DISTRIBUTION

HIATUS COMPAGNIE / CONCEPTION ET CHORÉGRAPHIE DANIEL LINEHAN / CRÉATION ET INTERPRÉTATION MARCUS BALDEMAR, ANNELEEN KEPPENS, LIZK INOSHITA, DANIEL LINEHAN, VÍCTOR PÉREZ ARMERO / REGARD EXTÉRIEUR MANON SANTKIN / SCÉNOGRAPHIE 88888 / CRÉATION LUMIÈRES JAN FEDINGER / CRÉATION COSTUMES FRÉDÉRICK DENIS / COORDINATION TECHNIQUE ELKE VERACHTERT / crédit photos Daniel Linehan & Jeroen Verrecht

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NOTES

Une marche, quelle qu’elle soit, prend souvent place dans un lieu à l’apparence grillagé, un endroit rectangulaire avec une rigidité tridimensionnelle (comme dans un boulevard urbain). Cependant, dans cette pièce, le côté rectangulaire de l’espace scénique sera modifié par la position asymétrique des pendrillons, qui couperont l’espace dans des angles non perpendiculaires et des courbes circulaires. La rigidité tridimensionnelle de l’espace sera coupée par des mailles de fils tombant du grill et bougeant doucement grâce au vent créé par les déplacements continuels des danseurs à travers l’espace. Les fils pourront également voler de haut en bas, à certains moments de la chorégraphie, créant une légère transparence par rapport à la visibilité de la danse. L’éclairage tombera occasionnellement dans la pénombre, même lorsque la danse sera difficilement perceptible, voire invisible, tandis que nous continuerons à entendre les pas des danseurs. Ceux-ci créeront une sorte de musique de par le schéma de leur marche sur scène. Qu’est-ce qu’une “marche”, quand elle perd autant de ces éléments qui lui confèrent ses vertus traditionnelles ? Il n’y a plus d’uniformité des formes ou des directions ; plus de slogans éloquents clamés ; plus de type de grille rectangulaire dans l’organisation spatiale. Et il n’existe plus de sens de la rigidité ni de la transparence de l’espace. Au lieu de quoi, une surface qui semble miroiter et onduler. Une marche qui a été recontextualisée et transformée en une forme méconnaissable, cela nous renvoie à la question de la façon dont les individus peuvent interagir dans un temps commun et créer quelque chose de plus large que la notion d’individualité, sans la nécessité d’un accord absolu ou d’une adhérence stricte à un protocole commun. Il est tentant de rejeter la marche au pas car elle est désuète, elle manque d’élégance et est inspirée par un code ancien d’uniformité. Elle n’apporte aucune pertinence sur notre mode contemporain qui prône « l’être ensemble ». Il en va de même avec l’esprit Dada Ŕ aujourd’hui, où est la pertinence dans ce mouvement artistique de plus de 100 ans d’âge ? Je pense, moi, que la marche et la poésie dadaïste peuvent resurgir à nouveau. Et si l’on introduit un petit peu de cet esprit dadaïste dans notre vision de la marche et un petit peu de cette structure de marche dans l’aléatoire du dadaïsme, alors nous pourrons parler de questions contemporaines et nous interroger sur la façon dont un groupe de gens peuvent travailler sur un sujet commun et, en même temps, bouger dans la diversité.
Daniel Linehan


INTERVIEW

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR GILLES AMALVI, SEPTEMBRE 2015.
Avez-vous utilisé de véritables extraits de la Ursonate de Schwitters ou ces poèmes vous ont-ils plutôt servi de source d’inspiration ?
Il n’y a pas de vrais poèmes dada. C’est plutôt la manière dont ces poèmes sont structurés que nous avons reprise pour inventer nos propres compositions, en lien avec la pièce. Nous avons par exemple utilisé le manifeste DADA de Tristan Tzara - mais en enlevant le début des mots pour inventer un nouveau langage. Nous avons utilisé certains poèmes dada comme source, en les mélangeant, en les collant, en jouant avec eux. À d’autres moments, nous avons inventé notre propre langage, puis nous l’avons placé dans la structure de la Ursonate de Schwitters. Ce qui m’a intéressé en faisant des recherches sur Dada, c’est principalement leur manière de briser les règles, de remettre en question ce qui les précédait de manière à ouvrir de nouvelles possibilités formelles. Du coup, je n’essaie pas nécessairement de respecter tout ce qu’ils ont fait. Il ne s’agit pas d’une démarche patrimoniale - ce qui serait un contresens vis-à-vis de ce mouvement. Les artistes dada n’essayaient pas de construire un répertoire. Le point de départ de dbddbb n’est pas de faire une pièce sur la Ursonate ni sur le mouvement Dada. En fait, je cherchais des textes, des matériaux produisant des effets rythmiques dans la voix ; une langue très physique, impliquant des effets de résonnance dans le corps. J’avais également en tête un texte qui se décale du sens. C’est de cette manière que je suis tombé sur la poésie sonore Dada. Le point de départ c’est plutôt la voix en tant que présence physique dans l’espace, pouvant servir de support pour la danse, ce qui n’est pas très éloigné de certaines de mes pièces antérieures.

Entre voix et marche, on peut dire qu’existe un effet de boucle : la voix nourrit la dynamique du corps qui en retour relance la voix. Vous êtes-vous appuyé sur ces effets de boucle ?
Pendant le processus de répétition, il nous est arrivé de travailler ces différents aspects séparément : par exemple sur un matériau vocal seul, ou sur un matériau physique seul. Et nous avions souvent l’impression qu’il manquait quelque chose tant que la partie vocale et la partie physique n’étaient pas réunies. Chacune soutient l’autre. On peut être fatigué physiquement, et alors le chant soutient le corps - ce qui est paradoxal, dans la mesure où le fait de danser et de chanter en même temps produit un effet d’essoufflement. Il peut arriver que nous soyons trop fatigués pour parler. Mais le plus souvent - et c’est le point que nous cherchons à atteindre - il se crée un équilibre entre ces deux actions. D’ailleurs si l’on change l’un des deux paramètres, cela force des transitions. Par exemple, la voix et la marche semblent fonctionner ensemble, mais lorsqu’un élément de perturbation apparaît dans l’un des champs, il se répercute sur les deux. Si on change de marche, alors la voix est obligée de changer elle aussi. Du coup nous avons plusieurs façons d’établir des transitions. Celle que je viens de décrire, en modifiant un petit élément qui progressivement agit sur le reste, ou alors par coupure brutale. L’aspect entraînant, presque hypnotique de la marche peut produire sa propre inertie ; ce qui fait qu’on ne peut plus en sortir à moins de faire une coupe brutale.

D’où vient ce titre, dbddbb, qui résonne comme un mini-poème sonore – ou comme un code ?
Au départ, cela renvoyait à une phrase, mais j’ai abandonné la phrase, je trouvais plus intéressant de ne conserver que les lettres. J’aime leur aspect graphique. J’aime le fait que personne ne sache comment il faut le dire ou le prononcer. Et cela indique la ligne de travail de la pièce : le fait d’essayer d’inventer une langue nouvelle. On sent le départ d’un rythme, on a envie de poursuivre, d’improviser autour de cette structure. D’ailleurs, j’ai également travaillé sur différents types de langues inventées : des langues de linguistes, des langues à l’usage d’une seule personne. Il existe des langues sans verbes. Ou des langues faites seulement de voyelles. Ou avec seulement 7 syllabes recombinées. ddbbdbdb, pour moi, c’est l’amorce d’une langue possible - comme un code qui fonctionnerait avec seulement 2 ou 3 lettres.


PRESSE

Dans cette dernière aventure, le jeune chorégraphe américain se révèle comme jamais l’héritier de la danse new-yorkaise, de Cunningham à Trisha Brown, tant il use ici de combinaisons difficiles comme de mouvements plus relâchés. Il s’appuie sur une partition vocale jouée par les danseurs où l’on reconnaît l’esprit Dada. Car de l’onomatopée scandée comme des questions par les interprètes, Linehan fait la réjouissante bande-son de son spectacle. « Omni omni omni/Patsu patsu patsu »... Est rabroué celui qui croit y reconnaître un peu de latin : non, aucune langue n’est identifiable dans ces syllabes ! Linehan a toujours cherché à jouer avec les contraintes. Cette fois, sa promesse est plus simple mais plus spectaculaire : ces corps-voix formant un tout sont de magnifiques présences. Il invente avec eux un ballet contemporain très original, fondé sur toutes les façons de marcher ou de courir (le décor est un mobile suspendu de tiges inégales d’où pendent des baskets ressemblant à celles des interprètes). Il y compose des figures inattendues, y conjugue rassemblements et parcours solitaires. Linehan et ses quatre compères développent au fond un art de la danse en continu, complexe et drôle, dont on ne sait quelle est la source : le souffle-son du danseur ou la trajectoire visée par celui-ci, contenant en elle sa propre détente ?
Emmanuelle Bouchez, Télérama, janvier 2016.

La pièce de Daniel Linehan titrée, dirait-on, par tirage aléatoire de consonnes dentales et labiales, dbddbb, découverte mi-janvier 2016 à Pompidou, est, d’une part, une création digne de ce nom, de l’autre, un spectacle “vivant”, le plus sérieusement interprété par l’auteur et ses doubles, le quatuor polytechnicien formé par Anneleen Keppens, Liz Kinoshita, Marcus Baldemar et Victor Pérez Armero. Cela démarre dans la pénombre, par le doux balancement d’un métronome lumineux et muet annonçant celui du corps d’un ballet réduit à l’essentiel, ainsi appelé à s’animer, sous les épées de Damoclès d’un décor mi-Op, mi-cinétique, mi-bar chimes, designé par des disciples de Soto ayant pris pour nom de pinceau 88888 complété par l’hyperréaliste girouette de deux séries de godillots – dix-sept en tout, si notre compte est bon, huit paires plus une, la part du pauvre, d’un cygne monopède ou d’un canard boiteux – fixant les points cardinaux et rappelant que nous sommes dans l’univers d’un Petipa, d’un Millepied, d’un Noé Soulier. Cela démarre et ne s’arrêtera plus, ou presque, une heure vingt durant. Vêtus de collages textiles confectionnés par Frédérick Denis suivant le principe d’asymétrie inauguré dans les Années folles par Paul Colin pour de brèves culottes et des tenues légères scéniques de Joséphine Baker, industriellement appliqué au milieu années 80 par Thomas Meyer, maquillés de tatouages et de lignes colorées, différents les uns des autres en même temps que terriblement élégants, les virtuoses danseurs s’avèrent être aussi des maîtres chanteurs. Les individualités se fondent dans une danse chorale, qui va de la course en manège à la techno parade en passant par le pointing rap, tandis que les voix modulent à l’unisson des poèmes phonétiques, pour ne pas dire lettristes, inspirés par Tzara, Huelsenbeck ou Janco. En rythme – tant il est vrai que les danseurs modernes ont pris l’habitude de compter sur eux – et sur leurs propres forces. À contretemps, également, ne serait-ce que pour montrer que le reste du temps, ils ne le sont pas... Que manque-t-il donc pour que l’oeuvre opératique dbddbb soit le chef d’oeuvre immortel escompté ? Pas grand chose, en fait. Plus l’ampleur ? Sans doute. Plus de profondeur et d’intensité ? Peut-être. Plus d’imprévu ? Il y a des chances. La “boiterie poétique” chère à Cocteau, par la pompe annoncée ? C’est probable. Toujours est-il que nous avons passé une excellente soirée et que le spectacle sort de l’ordinaire, si on le compare à ceux des bavards invétérés qui encombrent nos scènes, aux “perfs” privées d’expression corporelle, aux cabotinages sans entrain ni enjeu à prétention psychologique, métaphysique ou littéraire, aux tribulations onkriennes d’un New Age hors d’âge. On ne peut faire du neuf qu’avec du neuf ! dbddbb vaut le déplacement et gagnera, c’est certain, à être revu. Et, bien entendu... réentendu.
Nicolas Villodre, ladanse.com


STAGE DANSE HIATUS / DANIEL LINEHAN
SAMEDI 18 MARS 11H-17H / Théâtre Saragosse

Daniel Linehan, chorégraphe américain basé à Bruxelles, aborde la création du point de vue de l’amateur curieux, en testant les nombreuses interactions entre la danse et les formes de nondanse, à la recherche d’improbables conjonctions, juxtapositions et parallèles entre textes, mouvements, images, chansons, vidéos et rythmes. Pour sa dernière création, dbddbb, Linehan explore la relation entre mouvement et voix en combinant la marche et ses formes multiples avec de la poésie sonore inspirée du dadaïsme. Pendant le stage, il partage le matériel à la base du processus de création de dbddbb et explore avec les participants différentes méthodes de travail autour de ces pratiques afin de générer du matériel de performance, circulant librement entre différents registres scéniques, travaillant sur les jeux, les actions, l’improvisation, la mémorisation des mouvements, les partitions vocales et les compositions rythmiques.

UNE PLACE POUR DBDDBB (VENDREDI 17 MARS) COMPRISE DANS LE STAGE / TARIF PLEIN 40€ / RÉDUIT 25€ + ADHÉSION 12€

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DANSE / PAU
T 05 59 84 11 93