inês
Danse MARDI 20 MARS 20h30 / Théâtre Saragosse
50 MIN / TARIF C

De ses expériences dans les favelas de Rio auprès de la chorégraphe Lia Rodrigues, Volmir Cordeiro a acquis une capacité peu commune à observer les invisibles, ceux à qui personne ne prête attention. Venu à la danse après une formation de comédien, ce jeune chorégraphe brésilien est passé par le Centre national de danse contemporaine d’Angers sous la direction d’Emmanuelle Huynh. Ce solo est centré autour d’une figure unique, celle d’Inês, 57 ans, mère de deux enfants dont le rêve serait de devenir l’héroïne d’une émission de télé-réalité. Enroulé dans un tissu bariolé, Volmir Cordeiro va insensiblement s’effacer, comme envahi par un autre corps. Celui-ci ondule d’abord sur la cadence des phrases prononcées. Puis, des pas chaloupés marquent les rythmes d’une danse populaire, une danse qui ne rompt jamais son adresse au public. Le danseur, traversé par des courants d’énergie et de désirs, passe avec une fascinante aisance d’une texture de corps à une autre, attrapant au vol des grappes de sensations pour nous entraîner dans une envoûtante expérience du regard.

« Avec une sensibilité bouleversante, le chorégraphe et danseur Volmir Cordeiro donne vie à des figures d’exclus... La danse devenue un rituel intime entre jubilation et défoulement se mue bientôt en ivresse pure, admirablement rendue par la beauté et l’humanité chavirée d’une gestuelle affranchie de toute limite. » Les Inrocks / supplément Artanthé, Hugues le Tanneur, janvier-avril 2015

volmircordeiro.com

Chorégraphie et interprétation Volmir Cordeiro / Lumière Beto de Faria / Son Cristián Sotomayor Couturière Sylvie Seguin / Collaboration artistique Anne Lise Le Gac, Pauline Simon, Pauline Le Boulba / Crédit photos Fernanda Tafner

+ PRODUCTIONS

Production déléguée Margelles / Margot Videcoq / Co-production Musée de la danse, Théâtre de Vanves, Ménagerie de Verre, Centro Cultural de Belém, Materiais Diversos, Open Latitudes / Projet en partie financé dans le cadre d’un protocole tripartite entre l’Etat Portugais- Secrétaire à la culture / DGArtes, Materiais Diversos et les villes de Torres Novas, Alcanena et Cartaxo / Avec le soutien de Montevideo, Centre National de la Danse - Pantin et les Laboratoires d’Aubervilliers pour leurs prêts de studios / Etapes de construction au travers des présentations d’Inês, car elle mérite… Palais de Tokyo, CNDC d’Angers, Festival Panorama (Rio de Janeiro, Brésil) et les Laboratoires d’Aubervilliers, ainsi que dans le cadre de « Emanticipation, un laboratoire » par la Compagnie MUA, sous la direction d’Emmanuelle Huynh, à Lafayette Anticipation ! / Création les 26 et 27 septembre 2014 au Festival actoral, Montevideo, Marseille.

De ses expériences dans les favelas de Rio auprès de la chorégraphe Lia Rodrigues, Volmir Cordeiro a acquis une capacité peu commune à observer les invisibles, ceux à qui personne ne prête attention. Venu à la danse après une formation de comédien, ce jeune chorégraphe brésilien est passé par le Centre national de danse contemporaine d’Angers sous la direction d’Emmanuelle Huynh. Ce solo est centré autour d’une figure unique, celle d’Inês, 57 ans, mère de deux enfants dont le rêve serait de devenir l’héroïne d’une émission de télé-réalité. Enroulé dans un tissu bariolé, Volmir Cordeiro va insensiblement s’effacer, comme envahi par un autre corps. Celui-ci ondule d’abord sur la cadence des phrases prononcées. Puis, des pas chaloupés marquent les rythmes d’une danse populaire, une danse qui ne rompt jamais son adresse au public. Le danseur, traversé par des courants d’énergie et de désirs, passe avec une fascinante aisance d’une texture de corps à une autre, attrapant au vol des grappes de sensations pour nous entraîner dans une envoûtante expérience du regard.

« Avec une sensibilité bouleversante, le chorégraphe et danseur Volmir Cordeiro donne vie à des figures d’exclus... La danse devenue un rituel intime entre jubilation et défoulement se mue bientôt en ivresse pure, admirablement rendue par la beauté et l’humanité chavirée d’une gestuelle affranchie de toute limite. » Les Inrocks / supplément Artanthé, Hugues le Tanneur, janvier-avril 2015

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DISTRIBUTION

Chorégraphie et interprétation Volmir Cordeiro / Lumière Beto de Faria / Son Cristián Sotomayor Couturière Sylvie Seguin / Collaboration artistique Anne Lise Le Gac, Pauline Simon, Pauline Le Boulba / Crédit photos Fernanda Tafner

+ PLUS D'INFOS
BIOGRAPHIE

Né au Brésil en 1987, Volmir Cordeiro a d’abord étudié le théâtre pour ensuite collaborer avec les chorégraphes brésiliens Alejandro Ahmed, Cristina Moura et Lia Rodrigues. Il intègre la formation « Essais » en 2011 au Centre National de Danse Contemporaine d’Angers - direction Emmanuelle Huynh, et écrit actuellement à l’université Paris-8 une thèse sur les figures de la marginalité dans la danse contemporaine. Il a participé aux pièces de Xavier Le Roy, Laurent Pichaud, Rémy Héritier, Emmanuelle Huynh, Jocelyn Cottencin et Vera Mantero. En 2012, il signe en France un premier solo, Ciel, puis, Inês en 2014 et en mars 2015, le duo Epoque, avec Marcela Santander Corvalán. Il vient de clore un premier cycle de son travail, composé des trois solos Ciel, Inês et Rue (créé en octobre 2015 au Musée du Louvre, en collaboration avec la FIAC). Volmir Cordeiro a été artiste associé à la Ménagerie de Verre en 2015.


NOTES

Présentation
Pour le solo Inês, un contrat d’exposition est mis en branle. Une femme, Inês, est prise comme le déclencheur d’un état de corps qui questionne ce que peut être le prix de la visibilité. Inês veut être accrochée aux regards des autres, avoir le droit à la parole, combattre son effacement. Tout cela lui coûte très cher, et ce prix qu’elle est prête à payer engage tout son corps, matériel et symbolique. C’est-à–dire que pour avoir sa place, elle passe d’abord par le fait de s’exclure, disparaître et perdre figure. Inês s’exprime dans un mode pathétique, et cela est positif. Pauvre en contenu, elle est en soi une multitude d’émotions. Pour réaliser son rêve, elle transforme, elle déborde, elle plastifie son corps tout entier. Elle ne fait pas semblant de ce qui la traverse. Susceptible, simpliste ou absurde, cet être de chair porte une syntaxe incompréhensible, ainsi que des opinions radicales sur l’amour, le sexe et la joie.

Note d’intention
Un jour, j’ai croisé cette femme qui s’appelle Inês. Il ne me suffisait pas de la regarder, je voulais surtout m’approcher d’elle. Immédiatement, j’ai commencé à me reconnaître en elle. J’ai quitté mon rôle de regardeur et j’ai commencé à vivre avec cet « être de chair ». Il ne m’a pas suffi de la capter, il m’a fallu l’avaler. Voilà ma plus forte intention, la faire émerger, en faire une question, lui proposer une scène. Comment retrouver le sens de son existence en moi et faire habiter dans mon petit corps tout son immense corps de guérisseuse ? Je veux proposer au public l’expérience qui est la mienne, celle de faire face à quelqu’un d’inconnu, de totalement étranger, de totalement inexploré. Telle qu’elle est, Inês, me paraît indispensable dans tout ce qu’elle apporte : de son but insolent d’appartenir au monde célèbre jusqu’aux résidus de joie, malice, tristesse et honte qui la font danser. Inês est une figure vive et qui existe à peine. Elle est une artiste, une chorégraphe. Elle crée ses propres manifestations à travers des shows qu’elle a elle-même produits. Son corps agissant et parlant vient s’auto-déclarer capable de construire, tout seul, sa propre représentation. Inês fait partie d’une minorité, que l’État n’a pas peur de classer comme la masse inexistante de la société, masse d’ouvriers précaires, d’intellectuels déclassés, d’immigrés refugiés, de jeunes ségrégués dans les périphéries des grandes villes, de paysans forcés à l’exode, etc. Inês perturbe le sens de ce qui est représentable et de ce que c’est que d’avoir une existence. Elle m’aide à fabriquer les questions suivantes : Quels sont les gestes dignes d’être exposés sur une scène ? Quel corps pour quelle scène ? Dans quel cadre mettre les conflits, les vulnérabilités, les puissances et les dangers entre les mots et les images qui accompagnent les pauvres, les anonymes, les Inês ? Comment légitimer une représentation de l’Autre, ou alors, comment assurer une véritable acceptation de voir le semblable dans l’étranger ? Comment faire parenté avec Inês ? Ce projet ose troubler le mensonge que l’histoire dominante a raconté en disant que les peuples ne sont pas capables de construire leurs représentations par eux-mêmes, et que donc, c’est quelqu’un d’autre, quelqu’un d’exceptionnel, qui pourrait les rendre représentables. La danse que je construis produit d’autres images sur Inês et sur moi, ou sur une figure que j’imagine être la mienne. Je veux danser le frottement entre l’idéal ou la « bonne figure » avec le refoulé et le sans-nom. Mixer, comme si j’étais un dj, l’affect des corps ridiculisés avec les effets qu’ils produisent concrètement dans l’ordre social. Je veux aussi dialectiser la figure d’Inês avec celle de l’artiste – pas forcement l’anonyme, mais plutôt le sublime – en me demandant quelle est la nature de la visibilité qui les intéresse. Pour cela j’ai choisi de partir d’Inês, une anonyme-presque-célèbre, réelle et imaginable (en moi), fameuse et jamais écoutée. Danser un corps qui est exclus, et en même temps exposé, signifie travailler une véritable tâche artistique : faire apparaître ce qui se trouve réprimé dans la représentation conformiste à laquelle figure Inês, et aussi beaucoup d’autres gens porteurs 75 d’une accablante invisibilité sociale. Se rapprocher d’Inês et des corps du monde est le projet du présent. Projet d’une autoconstitution. Incarner le sensible qu’ils manifestent et devenir ce sensible, est une forme d’éprouver d’autres vies ; moyen de laisser (et lâcher) des compromis liés à la réputation. S’approcher d’Inês pour s’approcher d’un sujet politique, qui déclare son impuissance, son absence de pouvoir, son manque de nom, son excès et son apparence dite insultante. Elle peut facilement être vue comme quelqu’un d’impuissant dans l’engagement d’un avenir, sans aucun lien solide, sans aucun espace dans l’histoire. Le sens commun pourrait vite définir Inês comme un ombre intense d’une difficulté, d’un manque, d’un échec humain. Je dessine et je signe ce solo à travers le geste de faire réunion, rejoindre, se regrouper et être dans la masse d’Inês. C’est une manière de dire « nous » et une forme de sortir du travail du soliste. Amalgamer deux personnalités en vue de leur confusion, en vue d’une fiction où se mêlent les positions d’un artiste, d’un homme, d’une prostitué, d’un homosexuel, d’un paysan, d’un rebelle, d’un exposé… d’un peuple. Et cet amalgame des pulsions se manifeste avec un intense désir de faire manifeste, et de se demander ce que veut dire manifester quelque chose aujourd’hui. Mais surtout d’être dans une manifestation de corps à corps, qui sont face à face, et qui donc réunis, travaillent pour se rendre audibles, tangibles, accessibles et interdépendants. Deux corps qui s’adressent, et adressent avec eux la persistance d’exister en tant que corps viables dans ce monde. Ce « duo » potentiel prétend apporter une énergie désirante, amoureuse, provocatrice, conduite vers une demande politique importante : reconstruire les regards, les mots, les images et les représentations sur des corps marginaux en proposant une expression authentique de leurs émotions. Je m’approche d’Inês parce que je crois que cette femme détruit une inertie de comportements dominants chez « les bonnes figures » et, surtout, parce qu’elle est, en somme, une nouvelle catégorie politique à advenir. Inês et Volmir rêvent. Inês et Volmir ont des constellations de désirs les plus variables. Inês et Volmir construisent leurs destins, avec et sans visibilité. Ils luttent contre leurs corps et sont en même temps dans une complète symbiose avec eux. Inês et Volmir sont des êtres ordinaires et pas tant que ça. Ils combattent la susceptibilité, la fatigue, la violence, la haine et la séduction. Ils se dispersent, ils se ponctuent, ils ne se définissent pas. Ils s’incluent au monde, en déroutant quelques normes, et on leur fait quelques reproches. Cela produit du rire, du sang, des fautes de prononciation, des métamorphoses, des étonnements.


PRESSE

Inês de la vraie fange
Le chorégraphe brésilien Volmir Cordeiro ouvre le festival Actoral à Marseille en faisant corps avec une prostituée et les diverses marges de nos sociétés. A deux jours de la première à Marseille, où démarre la 14e édition du festival Actoral, qui intègre la littérature comme le théâtre, la danse ou les arts visuels et la musique, la petite équipe du danseur et chorégraphe brésilien Volmir Cordeiro répète au Hangar de Rennes sa toute nouvelle création, Inês. En fait sa deuxième en tant qu’auteur. Né en 1987, le jeune homme a tout d’abord étudié le théâtre avant d’être emporté par la danse. On l’avait remarqué, pas seulement pour sa grande taille, rare chez un danseur, mais pour sa force de proposition lorsqu’il était chez Lia Rodrigues, qui a installé sa compagnie dans une des plus grandes favelas de Rio (la favela de Maré) et fondé le plus important festival de danse contemporaine dans cette ville. Après des études complémentaires au Centre national de danse contemporaine d’Angers, alors dirigé par Emmanuelle Huynh (elle sera dans son prochain spectacle), et tout en poursuivant sa thèse sur les figures de la marginalité dans la danse à l’université Paris-VIII, Volmir Cordeiro s’intéressait - peut-être selon les traditions anthropophages de la culture brésilienne - dans son premier solo, Ciel, à quatre personnages en résonance avec l’époque : un mendiant, un paysan, une prostituée et un réfugié. Ils ressurgissent tous dans Inês, même si la figure de la prostituée domine les autres, au sens où elle apparaît plus. Car justement, c’est ce qu’elle désire le plus au monde, à 57 ans, mère de deux enfants : devenir la star d’une émission de télé-réalité. Pour atteindre cet objectif, cette femme (la vraie) a déployé une force colossale pour être visible, lisible, être enfin reconnue dans ce qu’elle croit l’apogée de la société. Le danseur ne s’en moque nullement. Sans s’identifier, il renvoie ce parcours au sien : « Comment être repéré, comment amener le public, comment le séduire, le prendre et enfin être une sorte d’idole. Tout à fait différemment et sans être dans une solitude absolue, c’est la question qu’un danseur peut se poser, son exposition, sa surexposition puis sa disparition. » Il arrive sur scène en une marche lente dans un brouhaha musical, genre fête popu, laissant bien goûter au spectateur l’ambiance collective. Puis il passe d’un bouquet de projecteurs à l’autre, dans des tons parfois cruellement froids comme parfois irrémédiablement chauds et rouges. Il est sur le plateau télé, complètement paumé dans son rêve irréalisé. Il est Inês, dans son pauvre costume d’oripeaux ou de drapeaux cousus les uns aux autres. Des Scotch noirs comme du maquillage trop appuyé lui ferment les yeux. D’ailleurs, le danseur ne perçoit que peu de choses de la scène : à peine quelques repères. Comme s’il s’agissait d’interpréter une chanson, il rythme ses silences ou martèle un texte qui dérape, qui dit tout, à la fois la prostituée et ceux qui la dominent. Son monologue sous un micro le révèle comme un excellent animateur télé, mais dont le discours dérape et qui ne parvient pas à rattraper ses phrases. Alors qu’Inês, elle, a la voix posée, s’adressant au public en disant qu’elle a enfin trouvé sa syntaxe avant que tout foute le camp. Un autre personnage, incongru dans le contexte, gît au sol, les étoffes lui servant de maigres couvertures. Il est mendiant. Il parle de soif, d’assèchement, qu’il ne pense pas être du fait du climat mais de la gestion des terres et des eaux… Volmir Cordeiro expose les minorités, dont lui-même. Quel est le prix de la visibilité ? Comment peut-on combattre son effacement quand on est dans la marge ? Inês gambade comme Volmir, elle danse, elle enjambe les obstacles, elle jubile. Mais elle a le haut des bras coincé comme dans une camisole. Et repartira après un dernier coup de projecteur, anonyme, après avoir déployé des efforts incommensurables pour « s’introduire, intégrer »… la société. Seul, semble-t-il, Volmir Cordeiro s’est vraiment intéressé à elle : « J’ai commencé, dit-il, à vivre avec cet être de chair. Il ne m’a pas suffi de la capter, il m’a fallu l’avaler. Voilà ma plus forte intention : la faire émerger, en faire une question, lui proposer une scène. Comment retrouver le sens de son existence en moi, et faire habiter dans mon petit corps son immense corps de guérisseuse ? » Il réussit en passant d’un état à un autre, donnant toute sa dimension populaire à son personnage, comme si demain elle pouvait être l’élue du peuple. Brésilien, le danseur a bien recensé la masse inexistante de la société, la masse d’ouvriers précaires, d’intellectuels déplacés, déclassés, d’immigrés réfugiés, de jeunes rejetés dans les périphéries des grandes villes, de paysans forcés à l’exode… Il les danse superbement, faisant de leurs rythmes écoutés, entendus, matière à son propre chant. Quand on lui pose la question de ce qu’a apporté la Coupe du monde dans son pays - il pense bien y retourner après ses études, tout en gardant des contacts avec l’Allemagne ou le Portugal où il travaille aussi -, il ne voit qu’une masse opprimée et la violence de la police, « que je ne m’explique pas. Pourquoi tabassent-ils les gens, pourquoi ils les tuent ? C’est un reste, qui sait, de la dictature ». Alors, comme dans ce solo, il se place du côté de ceux qui vont peut-être apparaître un jour sous un projecteur télé, dans un défilé de carnaval avant de sombrer dans le noir, la tristesse. Il ne rencontrera pas le vrai personnage qui a inspiré son spectacle et avec lequel il trouve le courage de parler et de danser, femme malgré sa moustache, mendiant bien que soutenu en France, aveugle quant à sa propre destinée. « Ce projet, ose-t-il, trouble le mensonge que l’histoire dominante a raconté, en disant que les peuples ne sont pas capables de construire leurs représentations par eux-mêmes, et que donc c’est quelqu’un d’autre, quelqu’un d’exceptionnel, qui pourrait les rendre représentables. » Dans le spectacle que nous avons vu en répétition, tout était déjà calé, notamment avec la lumière de Séverine Rième, également danseuse et chorégraphe. Il n’y a pas de doute, Volmir Cordeiro prête son corps à Inês pour lui donner une chance de plus d’accéder au podium.
Mieux qu’un reality show.
Libérarion, Marie-Christine Vernay, septembre 2014.

Il danse comme s’il était seul. Comme quelqu’un que l’on aurait surpris à rêver tout haut dans sa solitude. Entre ses dents, il susurre une mélodie intérieure. Ses pas chaloupés, légèrement vrillés, démarquent allègrement les cadences d’une danse traditionnelle. Ses gestes heureux et libres sont d’autant plus beaux que nés dans l’intimité, ils convoquent une dimension secrète. Inês, dernière création de Volmir Cordeiro donne à voir comment un corps peut céder la place à un autre ou comment danser est aussi le moyen de faire exister une fiction. Car ce n’est pas tant Volmir Cordeiro qui danse ainsi dans sa solitude. Ce n’est pas lui qui s’adonne sans limites à une effusion proche de l’ivresse. C’est Inês, cette femme dont le spectacle suggère par petites touches une représentation physique et mentale de l’ordre de la possession, plus qu’un portrait à proprement parler. C’est de lui-même, de son corps, de sa bouche et de ses mouvements que Volmir Cordeiro fait surgir Inês. Il ne s’agit pas tant d’identification que d’intensification. Danseur et comédien, né en 1987 au Brésil, Volmir Cordeiro possède la capacité précieuse de voir ceux à qui personne ne prête attention, les invisibles relégués en marge de nos sociétés. Ce qui caractérise Inês, c’est d’abord l’oppression, l’humiliation, la misère. Mais au-delà des mots, Inês, 57 ans, a aussi la capacité de « se lâcher » grâce à la danse. « Alors son corps s’ouvre entièrement », dit Cordeiro. Et alors elle peut « tout ».
Les Inrockuptibles, Hugues Le Tanneur, octobre 2014.

Elle est belle et puissante, langoureuse, sensuelle, chancelante et capricieuse, elle remplit l’espace et déborde l’imaginaire, Inês. Volmir Cordeiro déploie tout son art pour qu’elle prenne corps et nous entraine irrésistiblement dans une envoutante expérience du regard et des sens, sur les chemins secrets d’une fiction partagée. Le plateau est vide, éclairé, pleins feux. Une musique populaire éclate. L’obscurité gagne l’espace alors que le brouhaha du carnaval s’intensifie. La salle devient la caisse de résonance d’une fête qui a lieu ailleurs. Nous sommes plongés au coeur de cette déferlante d’énergie, à perdre pied déjà dans les limbes d’un espace-temps explosif, rythmé par des feux d’artifices, cris joyeux et salves de rires. La salle s’allume à nouveau, pleins feux encore. Le son s’arrête net – il continuera à se faire entendre de manière silencieuse, résorbé par la mémoire immédiate, réactivé, dans une foule de modulations indescriptibles, par la danse de Volmir Cordeiro, il nous accompagnera tout au long de la pièce. L’artiste fait son entrée. Il longe les murs comme pour reconnaître ce qui fait l’enceinte, pour circonscrire l’espace. Son torse semble pris dans un ruban de tissus épars, aux textures et couleurs dépareillées. On pourrait penser à une chrysalide sur le point d’éclater pour que le papillon s’envole. Il y a surtout ces noeuds serrés comme pour tenir ensemble, comprimer, contraindre, donner une certaine consistance ramassée sur son secret. Inês vient vers nous tout d’abord à travers la parole. Elle se glisse entre les mots, ondule déjà portée par la cadence des phrases. Volmir Cordeiro l’invoque, nous fait miroiter ses couleurs vives et son drapeau, rythme et feu dans le sang. La parole coule magnifiquement tournée, telle une louange qui à la fois multiplie les indices – Inès est chorégraphe – et brouille les pistes – Inês a trouvé sa syntaxe. La parole agit. Les traits d’Inês deviennent saillants. La tension monte. Par sa voix posée, chantante, de son regard aimanté, Volmir Cordeiro tient l’audience. La salle se remplit d’Inês, de sa présence diffuse et désormais obsédante. Il nous enjoint à la regarder. La collusion des différents registres de parole est source d’efficacité symbolique. Des courants secrets remuent le propos, laissant parfois s’échapper quelque chose de la tourmente d’une créature qui brûle d’accéder à la visibilité. Inês n’est jamais finie et pourtant elle est déjà là, sur le plateau vide, dans la frontalité d’un espace entre, intensifié par la parole. Les barrières tombent, l’intérieur et l’extérieur se confondent dans un mouvement d’ouverture insensé. Inês ouvre son corps (…) tout son corps (…) tout ! La porosité fondatrice entre les êtres, entre les mondes, est de mise. Volmir Cordeiro fait l’impasse de son regard – ce ne sont pas ses yeux, désormais couverts et fermés par de fines bandes de scotch noir aux brillances extatiques, qui vont l’aider dans sa recherche d’Inês. « Il ne me suffisait pas de la regarder, je voulais surtout m’approcher d’elle. J’ai quitté mon rôle de regardeur et j’ai commencé à vivre avec cet être de chair. Il ne m’a pas suffi de la capter, il m’a fallu l’avaler », avoue le chorégraphe. Vertiges d’un espace aveugle, affranchi des lois de la géométrie euclidienne, traversé par des dimensions insoupçonnables, tourbillonnaire, en proie à d’impétueuses accélérations de présence. Inês ne peut être que multitude. D’entrée de jeu, rapide, brusque, imprévisible, capricieuse – par quel bout l’attraper, qui se dérobe sans cesse ? Les noeuds sont défaits, un pan de tissu descend le long des jambes, enveloppant des pas de danse tout en rondeur. Volmir Cordeiro passe avec une fascinante aisance d’une texture de corps à une autre, attrape au vol des grappes de sensations, ne stabilise guère les images qui l’habitent, cherche, augmente les battements d’une présence au bord de l’emprise totale. Sa quête est haletante, à en perdre le souffle, source intarissable de courants d’énergie et de désir. Il nous entraine dans ses tentatives sans cesse recommencées, dans sa montée irrésistible, il nous attend parfois sur le chemin périlleux de sa recherche, dans les strates intemporelles de la mémoire des chairs, il nous rattrape dans son jeu sur la ligne de crête entre le visible et l’irreprésentable, il nous montre Inês dans toute sa splendeur. Inês est incandescente. La chorégraphie minutieuse des lumières imaginées par Séverine Rième la revêt d’ombres colorées. Inês se consume. Le temps vole trop vite. Volmir Cordeiro cherche à la retenir, la conjure en vain, elle se dissipe dans le brouhaha d’une fête lointaine, jusqu’à la prochaine fois.
Inferno, Smaranda Olcèse, octobre 2014.


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