LE GRAND SOMMEIL
Théâtre jeudi 07 & vendredi 08 février 20h30 / Théâtre Saragosse
1h00 / TARIF C

La jeune auteure, dramaturge et performeuse Marion Siéfert crée avec son second spectacle Le Grand Sommeil un solo saisissant sur les représentations dissonantes de l’enfance. Initialement construit sous la forme d’un duo entre une adulte (Helena) et une enfant de onze ans (Jeanne), la pièce tire sa force d’une absence. Après six mois de répétitions, la participation de Jeanne a été compromise par la pesanteur des procédures – médicales et juridiques – visant l’implication de l’enfant dans le spectacle. Devenu solo, ce dernier rassemble deux êtres en une seule et même figure, sorte de vampire hybride qui fait voler en éclat les représentations convenues de l’enfance et laisse affleurer le fantasme, l’insolence, le plaisir et le jeu. Le corps de la comédienne et danseuse Helena de Laurens, lui-même aimanté par celui de l’artiste expressionniste allemande Valeska Gert, est le reflet de ce couplage : corps monstrueux et burlesque où la grimace vient percer et inquiéter les imaginaires. La pièce écrite par Marion Siéfert reste fidèle au rapport au langage de Jeanne, fait de digressions, de sauts illogiques, d’imitations, de brutales ruptures et d’explosions d’énergie. Le texte part de la confession d’une enfant pour plonger dans son imaginaire, dans le monde nocturne de ses rêves et dans la réalisation de ses délires. Les effets de distorsions œuvrent à merveille pour semer le trouble. L’intelligence et la radiance de l’enfance, quant à eux, nous ravissent.

Conception, texte et mise en scène par Marion Siéfert • Collaboration artistique, chorégraphie et interprétation Helena de Laurens • Avec la participation de Jeanne • Scénographie et assistanat à la mise en scène Marine Brosse Lumière Marie-Sol Kim, Juliette Romens • Création sonore Johannes Van Bebber • Costumes Valentine Solé • Photos Matthieu Bareyre

+ PRODUCTIONS

Production Ziferte • Production déléguée La Commune CDN d’Aubervilliers • Avec le soutien du Studio Naxos (Francfort), du Théâtre Nanterre-Amandiers, de la Ménagerie de verre dans le cadre du Studiolab, du Centquatre dans le cadre de la résidence d’essai, du CND – mise à disposition de studio, de la Briqueterie – CDC du Val de Marne, du Kulturamt Frankfurt, de la Hessische Theaterakademie, du Kulturamt Gießen, de la Gießener Hochschule Gesellschaft, de l’Asta der Justus Liebig Universität Gießen, de l’Université Paris Nanterre, de l’Office Franco-Allemand pour la Jeunesse et de la mairie de Chevaline

La jeune auteure, dramaturge et performeuse Marion Siéfert crée avec son second spectacle Le Grand Sommeil un solo saisissant sur les représentations dissonantes de l’enfance. Initialement construit sous la forme d’un duo entre une adulte (Helena) et une enfant de onze ans (Jeanne), la pièce tire sa force d’une absence. Après six mois de répétitions, la participation de Jeanne a été compromise par la pesanteur des procédures – médicales et juridiques – visant l’implication de l’enfant dans le spectacle. Devenu solo, ce dernier rassemble deux êtres en une seule et même figure, sorte de vampire hybride qui fait voler en éclat les représentations convenues de l’enfance et laisse affleurer le fantasme, l’insolence, le plaisir et le jeu. Le corps de la comédienne et danseuse Helena de Laurens, lui-même aimanté par celui de l’artiste expressionniste allemande Valeska Gert, est le reflet de ce couplage : corps monstrueux et burlesque où la grimace vient percer et inquiéter les imaginaires. La pièce écrite par Marion Siéfert reste fidèle au rapport au langage de Jeanne, fait de digressions, de sauts illogiques, d’imitations, de brutales ruptures et d’explosions d’énergie. Le texte part de la confession d’une enfant pour plonger dans son imaginaire, dans le monde nocturne de ses rêves et dans la réalisation de ses délires. Les effets de distorsions œuvrent à merveille pour semer le trouble. L’intelligence et la radiance de l’enfance, quant à eux, nous ravissent.

DISTRIBUTION

Conception, texte et mise en scène par Marion Siéfert • Collaboration artistique, chorégraphie et interprétation Helena de Laurens • Avec la participation de Jeanne • Scénographie et assistanat à la mise en scène Marine Brosse Lumière Marie-Sol Kim, Juliette Romens • Création sonore Johannes Van Bebber • Costumes Valentine Solé • Photos Matthieu Bareyre

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BIOGRAPHIE

MARION SIÉFERT Marion Siéfert est une jeune artiste, auteure, dramaturge et performeuse, basée en France et en Allemagne. Après des études de littérature allemande à Lyon et Berlin, elle obtient une bourse de recherche du DAAD pour étudier à l’Institut d’études théâtrales appliquées de Gießen. Son travail est à la croisée de différents champs artistiques et théoriques et se réalise via différents médiums : spectacles, films, écriture. À Gießen et Francfort, elle développe ses propres spectacles (2 ou 3 choses que je sais de vous, Le grand sommeil), écrit son doctorat sur la question du devenir artiste et participe à des workshops avec Heiner Goebbels, Walid Raad et Jonathan Burrows. À Paris, elle développe SAFARI , une recherche dans des lieux touristiques, qui aboutit à la création d’un photo-roman. Elle est invitée par le collectif 7x7 à présenter des performances dans des espaces privés (Speed Dating), et collabore sur Nocturnes, documentaire de création du réalisateur Matthieu Bareyre (Cinéma du Réelen Compétition française, Festival du Moyen-Métrage de Brive en Compétition Européenne, 2015), et est associée à plusieurs reprises au travail de la compagnie L’Accord Sensible : elle est comédienne-interprète sur Champs d’Appel (Festival Fast Forward, Festival Premiere, 2014-2015) et est dramaturge sur Massif Central (La Fonderie, 2015). Elle a également été assistante à la mise en scène et à la dramaturgie auprès de Séverine Chavrier (Plage ultime, 2013) et du collectif allemand Rimini Protokoll (projet d’audio guide Remote, 2013-2014). En 2016, elle travaille sur Suite N°3, (Joris Lacoste / Encyclopédie de la parole), et sur The Self-Made Aristocracy de Monika Gintersdorfer et Frank-Edmund Yao, dont la première a eu lieu aux Wiener Festwochen en 2017. En tant que dramaturge, elle écrit depuis 2014 les textes de la brochure du Théâtre Nanterre-Amandiers et réalise les entretiens avec les artistes invités pour la saison. Son premier spectacle, 2 ou 3 choses que je sais de vous, a été invité au Festival Für Dich Für Dich Für Dich (Marburg, janvier 2015), au Festival TJCC (T2G, juin 2016), au Festival Parallèle (Marseille, janvier 2017), au Festival WET0 (Tours, avril 2017), au TU (Nantes), à la Loge (Paris), au Théâtre de Vanves.


NOTES

Pour Le Grand Sommeil, je rassemble une équipe franco-allemande, conséquence de ma formation et de mon parcours artistique, mené aussi bien en France qu’en Allemagne. Ensemble, nous cherchons à construire cette « enfant grande » qu’incarne Helena. Le costume propose une version contemporaine du personnage de Baby Jane dans le film Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? D’emblée, par son costume, Helena aura une apparence enfantine un peu monstrueuse – un peu comme ce personnage, interprété par Bette Davis, qui, restée bloquée dans l’enfance, dégage quelque chose d’obscène. Pour nous, il s’agit moins de raconter l’histoire d’une adulte qui voudrait rester enfant, que de faire de ce personnage l’écho possible des représentations dissonantes de l’enfance. Helena possède la malice et l’humour nécessaire pour créer ces frissons de plaisir, lorsqu’une limite, un code vient à être transgressé. L’étrangeté de cette enfant grande repose sur la mise en tension de la parole de Jeanne avec le corps d’Helena. Afin de pouvoir jouer de ces deux éléments indépendants l’un de l’autre, qui peuvent tout autant se disjoindre que se rencontrer, nous équiperons Helena d’un micro hf. Ainsi, la voix peut parfois se détacher du corps d’Helena, le guider à la manière d’une marionnette ou bien être très proche des spectateurs, tandis qu’Helena, elle, est au lointain – à l’arrière-scène. D’abord élément fiable, qui fonde le pacte fictionnel avec les spectateurs autour de la simple proposition « Je m’appelle Jeanne et j’ai onze ans », la voix pourra être ensuite soumise à des distorsions, être largement amplifiée, pour donner plus de puissance à l’interprète. Tous les éléments de mise en scène partent de la présence d’Helena au plateau. Nous optons pour une scénographie minimaliste, réduite à quelques éléments qui tiennent dans le sac de piscine d’Helena : un grand pan de lycra noir, un rouleau de gaffeur, du papier miroir. Comme une enfant qui se construit un monde avec rien, Helena s’amusera de ses accessoires et les agencera de différentes manières : le tissu de lycra noir sera tour à tour élément de costume – une grande cape dans laquelle on se drape, drap de lit, support inquiétant sur lequel viennent se fixer les monstres des cauchemars nocturnes. Le gaffeur servira d’abord à fixer le boitier du hf autour de sa taille, puis à construire un espace de jeu. Il n’y aura pas de musique extradiégétique, susceptible de rajouter une atmosphère à l’action scénique, hormis deux chansons de Rihanna que Jeanne aurait pu écouter : « S&M » et « BBHMM ». Ces deux chansons incarnent de manière différente la figure de la « bad girl », qui peuple l’imaginaire de Jeanne. Toute autre musique additionnelle partira des bruits du plateau : respiration, bruits de pas, frottements du lycra contre le hf, etc. Nous construisons actuellement un dispositif sonore, qui nous permet de tirer partie des différents bruits du plateau en temps réel. En lumière, nous partons d’un plein feu que nous allons progressivement déstabiliser. Ce plein feu sera enrichi de projecteurs munis de filtres dont les couleurs correspondent à celles du costume d’Helena : rouge, violet, vert. D’abord imperceptibles, ces variations de lumières aboutiront à la construction d’un paysage monochrome dans une séquence onirique. Nous utiliserons la vidéo non pour projeter des images, mais pour donner cet aspect irréel au corps d’Helena, pour travailler des matières et des textures. Chacun des éléments (son et lumière) suivra une ligne dramaturgique qui lui est propre, tout en venant soutenir la ligne principale de l’action et de la fiction.

Marion Siéfert


PRESSE

Marion Siéfert et Héléna de Laurens : entretien avec deux vampires

La semaine dernière, il s’est passé quelque chose d’exceptionnel au théâtre de la Commune, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). C’était durant les quatre jours de représentation du Grand Sommeil, écrit, conçu, mis en scène, chorégraphié par Marion Siéfert, en étroite collaboration avec son interprète Helena de Laurens, à peine 57 ans à elles deux. On regardait l’actrice danseuse Helena de Laurens devenir Jeanne, une enfant de 11 ans absente du plateau mais présente jusqu’au bout des ongles dans le corps d’Helena, on l’écoutait raconter comment elle a répété pendant six mois une pièce de Marion Siéfert où elle jouait avec Helena deux voleuses des rêves du public, tandis qu’une foule d’enfants surgissait de l’esprit des spectateurs, et en premier lieu du nôtre. Cette foule d’enfants imaginaires entre l’actrice et le public, on arrivait très bien à l’halluciner, alors même qu’Helena de Laurens était seule sur le plateau, et disait : « Moi, je voulais être sur scène. Alors j’ai dû trouver un truc. J’ai demandé à Helena d’être moi. Helena a accepté et me voilà. » Elle est donc en collant rouge, comme un vampire ou un diable dans sa boîte, et elle surgit, fait des grimaces, explique combien elle a peur des grimaces, et combien il faut faire attention à elle car, quand elle a peur, c’est terrible, elle ne dort plus, s’épuise, se surexcite, on ne peut plus la tenir, et en même temps qu’elle n’arrête pas de parler, elle tord son corps dans tous les sens, ne s’immobilise jamais, bascule, devient gigantesque, fait des postures de yogi ou de contorsionniste, comme seules les enfants très souples aiment en tenter, et elle se lance dans une description d’Helena, qui donc interprète Jeanne. Une danseuse qui n’arrête pas de parler, on ne l’avait jamais envisagé, tant on suppose que la précision des gestes rend impossible le souffle vocal et la mémorisation des mots. Le Grand Sommeil est l’histoire vraie d’une pièce qui n’aura jamais lieu, où une jeune femme vampirise une petite fille, et simultanément lui rend grâce en la faisant apparaître dans le moindre point de suspension. L’autre vampire est évidemment Marion Siéfert, l’auteure de ce texte au cordeau, qui restitue les mots de Jeanne et sa logique, sans une virgule d’improvisation. Les trois premiers soirs des représentations, la salle était à moitié pleine, et lors de la dernière, il n’y avait plus un strapontin de disponible, il fallait se battre pour voir le spectacle de deux inconnues. C’est cela aussi, l’exceptionnel : qu’une minuscule poignée de représentations suffisent à diffuser l’enthousiasme, abattre la paresse et l’indifférence, engageant des gens d’Aubervilliers et d’ailleurs à prendre le bus 170 qui mène à la Commune, même sous temps gris, alors qu’on a toujours mieux à faire le samedi que de pousser la porte d’un théâtre. On rencontre Marion Siéfert et Helena de Laurens dans un café à Belleville, où aucune des deux ne vit. Elles-mêmes se sont rencontrées il y a trois ans à l’anniversaire d’une amie dans une salle de billard. « Un seul homme dans l’assistance, mais il dirigeait les opérations alors qu’il ne savait pas mieux jouer du billard que nous. J’ai commencé à le vanner », se souvient Helena. On pourrait dire qu’elles se ressemblent - minces, fluides, vives - mais ce serait un mensonge. Elles s’assemblent comme deux personnes embarquées dans le même bateau qui aurait fait naufrage quand la petite Jeanne, initialement interprète de la pièce, s’est évaporée pour rejoindre sa « routine », mais qui ont été suffisamment fortes pour transformer l’intense déception du désistement en trésor, sans trahir l’enfant. Se ressemblent-elles, malgré tout ? Toutes les deux ont brillamment survécu à trois années de prépa littéraire et aucune des deux n’a supporté le carcan des cours d’arts dramatiques ou la condition d’actrice. « Je suis une grande danseuse de boîte de nuit », explique Helena, en guise de CV. « J’ai commencé par tout rater, poursuit Marion, le visage lumineux. Alors je suis partie à Berlin où j’ai découvert des collectifs féministes comme les She She Pop et où j’ai suivi, notamment à la Volksbühne dirigée par Castorf, toute cette scène qui interroge le rapport aux spectateurs, René Pollesch, notamment. » Quand l’une (Helena) fait un master aux Hautes Etudes en sciences sociales sur Valeska Gert, danseuse grotesque du début du siècle dernier, l’autre entame un mémoire sur l’Institut d’études théâtrales de Giessen, une petite ville à côté de Francfort et une école réputée. « A Orléans, on me disait : vous êtes une intellectuelle, pourquoi vous voulez être actrice ? Il n’y a pas ce genre de dissociation stupide à Giessen, où les études théoriques et pratiques sont un tout. » Parallèlement au Grand Sommeil, tourne en ce moment le premier spectacle de Marion Siéfert, Deux ou trois choses que je sais de vous, et c’est elle qui est seule en scène, extraterrestre dans un genre de combinaison de plongée. Il s’agit d’ausculter le public à travers les traces qu’il laisse sur les réseaux sociaux. Ce qui suppose que Marion Siéfert modifie entièrement le spectacle pour chaque nouvelle série de représentations. Là encore, en s’emparant de l’intime d’une salle, et de ce qui relie les spectateurs entre eux, Marion Siéfert oeuvre en vampire. Et là encore, elle parvient à incarner au sens propre le virtuel. Quand elle touche des spectateurs en montant sur les gradins, qu’elle cherche leur regard droit dans les yeux, elle tremble comme une feuille.

Libération, Anne Diatkine, vendredi 23 février 2108.


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