Sollicitudes
Danse - Musique / MERCREDI 7 DÉCEMBRE 20H  / Le Foirail
50 MIN / TARIF B

Le chorégraphe Hervé Robbe déploie depuis plus de trente ans une recherche pluridisciplinaire dans laquelle se conjuguent l’écriture du geste, la musique, les arts plastiques, le design ou encore l’architecture. Pour sa dernière création, Sollicitudes, il a rassemblé quatre danseurs virtuoses : Jean-Christophe Paré, ancien danseur du Groupe de Recherche Chorégraphique de l’Opéra de Paris, féru de danse baroque, Catherine Legrand, qui porte aujourd’hui l’héritage de Dominique Bagouet, et une génération plus jeune avec Yann Cardin, déjà croisé chez Hervé Robbe ou Affari Esteri, et Vera Gorbacheva. Ensemble, ils imaginent une orchestration chorégraphique faite d’écoute et de dialogue attentif qui interroge la mémoire et les traces laissées par la danse dans le corps des interprètes. Au cœur de cette écriture palimpseste se trouve la musique. Confiée au compositeur Jérôme Combier et à deux musiciennes de l’Ensemble Cairn, Fanny Vicens (accordéon) et Alexa Ciciretti (violoncelle), elle s’articule autour de deux axes contrastés : d’un côté la musique très lyrique de Schubert, de l’autre une musique quasi tribale, explorant les gestes des instrumentistes dans leur plus brute expressivité. Les costumes-sculptures conçus par la designeuse textile Jeanne Vicerial, exosquelettes fantomatiques ou ornementations, modèlent des corps en constante métamorphose. Les soli s’enchaînent, entrecoupés de rencontres. Entre cérémonie douce et cheminement mystérieux, Sollicitudes est un retour aux sources du danseur, un partage allègre et accueillant du geste dansé.

Conception chorégraphique Hervé Robbe — Musique originale Jérôme Combier — Design costumes Jeanne Vicerial — En partenariat avec les danseurs-chorégraphes Catherine Legrand, Jean- Christophe Paré, Yann Cardin et Vera Gorbacheva et les musiciennes Fanny Vicens et Alexa Ciciretti — Avec la participation enregistrée de Damien Pass, Léa Trommenschlager, Alexa Ciciretti, Fanny — Vicens (musiciens), Miriam Coretta-Schulte (comédienne) & Clément Marie (ingénieur du son) — Éléments scénographiques Benjamin Graindorge — Création lumières et régie générale François Maillot — Création sonore Jean-François Domingues — Régie générale et lumière Robin Camus — Transposition scénique des costumes Marion Moinet — Administration, production, diffusion Clémence Huckel (Les Indépendances), Raphaël Bourdier & — Maeva Da Cruz (Ensemble Cairn) — Crédit photos Catherine Mary-Houdin
PRODUCTION

Production Travelling&Co avec l’Ensemble Cairn Coproductions Fondation Royaumont, micadanses - Paris, LUX Scène nationale de Valence. / Avec le soutien de la Fondation Cléo Thiberge-Edrom sous l’égide de la Fondation de France, Les Quinconces L’Espal - Scène nationale du Mans, La Ménagerie de Verre dans le cadre de StudioLab, le CND de Pantin, l’Académie de France à Rome - Villa Médicis. / La Compagnie Travelling&Co est soutenue par le Ministère de la Culture – DRAC Ile-de-France. L’Ensemble Cairn est aidé par le Ministère de la Culture ainsi que par la DRAC Centre-Val de Loire, au titre de l’aide aux ensemble conventionnés. L’Ensemble Cairn est soutenu par la Région Centre-Val de Loire.

Le chorégraphe Hervé Robbe déploie depuis plus de trente ans une recherche pluridisciplinaire dans laquelle se conjuguent l’écriture du geste, la musique, les arts plastiques, le design ou encore l’architecture. Pour sa dernière création, Sollicitudes, il a rassemblé quatre danseurs virtuoses : Jean-Christophe Paré, ancien danseur du Groupe de Recherche Chorégraphique de l’Opéra de Paris, féru de danse baroque, Catherine Legrand, qui porte aujourd’hui l’héritage de Dominique Bagouet, et une génération plus jeune avec Yann Cardin, déjà croisé chez Hervé Robbe ou Affari Esteri, et Vera Gorbacheva. Ensemble, ils imaginent une orchestration chorégraphique faite d’écoute et de dialogue attentif qui interroge la mémoire et les traces laissées par la danse dans le corps des interprètes. Au cœur de cette écriture palimpseste se trouve la musique. Confiée au compositeur Jérôme Combier et à deux musiciennes de l’Ensemble Cairn, Fanny Vicens (accordéon) et Alexa Ciciretti (violoncelle), elle s’articule autour de deux axes contrastés : d’un côté la musique très lyrique de Schubert, de l’autre une musique quasi tribale, explorant les gestes des instrumentistes dans leur plus brute expressivité. Les costumes-sculptures conçus par la designeuse textile Jeanne Vicerial, exosquelettes fantomatiques ou ornementations, modèlent des corps en constante métamorphose. Les soli s’enchaînent, entrecoupés de rencontres. Entre cérémonie douce et cheminement mystérieux, Sollicitudes est un retour aux sources du danseur, un partage allègre et accueillant du geste dansé.

DISTRIBUTION

Conception chorégraphique Hervé Robbe — Musique originale Jérôme Combier — Design costumes Jeanne Vicerial — En partenariat avec les danseurs-chorégraphes Catherine Legrand, Jean- Christophe Paré, Yann Cardin et Vera Gorbacheva et les musiciennes Fanny Vicens et Alexa Ciciretti — Avec la participation enregistrée de Damien Pass, Léa Trommenschlager, Alexa Ciciretti, Fanny — Vicens (musiciens), Miriam Coretta-Schulte (comédienne) & Clément Marie (ingénieur du son) — Éléments scénographiques Benjamin Graindorge — Création lumières et régie générale François Maillot — Création sonore Jean-François Domingues — Régie générale et lumière Robin Camus — Transposition scénique des costumes Marion Moinet — Administration, production, diffusion Clémence Huckel (Les Indépendances), Raphaël Bourdier & — Maeva Da Cruz (Ensemble Cairn) — Crédit photos Catherine Mary-Houdin

 
INSTANTS PLURIELS
Rencontre
Jean-Christophe Paré

JEUDI 08 DÉCEMBRE 18H30
Conservatoire Pau Béarn Pyrénées

Jean-Christophe Paré propose de partager avec le public l’aventure de la création de Sollicitudes, du Chorégraphe Hervé Robbe. Interprète investi au sein du Groupe de Recherche Chorégraphique de l’Opéra de Paris dans les années 1980, puis de courants aussi divers que la postmodern dance américaine (Alwin Nikolaïs, Merce Cunningham…) ou la jeune danse française (Dominique Bagouet, Régine Chopinot, Philippe Découflé…), pédagogue (il dirige le département danse de l’École nationale supérieure de danse de Marseille de 2007 à 2011, puis du CNSM de Paris de 2014 à 2018), il retourne au cœur de ses propres chemins d’inventions pour témoigner du processus d’écriture et d’interprétation de la pièce. « Les Sollicitudes d’Hervé Robbe auront été, pour Catherine Legrand, Vera Gorbatcheva, Yann Cardin et moi-même, l’occasion de vivre une expérience rare. Le souhait du chorégraphe, d’ouvrir une nouvelle forme de dialogue sur le mode collaboratif avec quatre artistes venus d’horizons chorégraphiques, de générations, de cultures différentes aura généré tout une mosaïque de regards croisés d’une grande richesse. À l’invitation d’Hervé et sous ses yeux, nous avons ouvert les chemins mémoriels, la profondeur sensible, l’épaisseur sémantique de nos gestes dansés. » JEAN-CHRISTOPHE PARÉ

En collaboration avec le Conservatoire à Rayonnement départemental Pau Béarn Pyrénées

 

Hervé Robbe
Formé à Mudra, l’école de Maurice Béjart à Bruxelles, en parallèle d’études d’architecture, Hervé Robbe débute sa carrière d’interprète par le répertoire classique et néoclassique. Il fait ses premiers pas de chorégraphe au sein de la compagnie Le Marietta secret. Douze années au sein de cette structure lui ont permis de construire et d’affiner sa démarche artistique. Puis, durant treize ans, Hervé Robbe dirige le Centre chorégraphique national du Havre Haute-Normandie. Il porte un bilan très positif sur les projets qui y ont été menés, en collaboration avec toute une équipe. En janvier 2012, il crée une nouvelle structure de production : Travelling&Co. A ce jour, il a créé une cinquantaine de spectacles chorégraphiques, qui ont été diffusés en France et à l’international. La recherche autour du mouvement et les potentialités de nouvelles écritures chorégraphiques ont été au cœur de sa démarche artistique, tant au sein de sa propre compagnie que lorsqu’il répondait à des commandes pour d’autres (Ballet Rambert, Batsheva Dance Company, Opéra de Lyon, Ballet Gulbenkian, CCN Ballet de Lorraine…). Il a élaboré des programmes pédagogiques pour des projets d’écoles de danse : Conservatoire de Paris (CNSMDP), CNSMD de Lyon, CNDC d’Angers, Coline à Istres, CDC de Toulouse, Ecole nationale supérieure de Marseille, APA Hong Kong, Mito Art Tower Japon.
Hervé Robbe s’est toujours impliqué dans la médiation de la culture chorégraphique, auprès de publics scolaires et amateurs, ainsi qu’auprès d’enseignants, médiateurs, professeurs de danse, et de leurs centres de formation référents (CEFEDEM, Centre national de la danse à Pantin). Ses projets ont donné lieu à des collaborations avec des compositeurs (Costin Miereanu, Kasper T. Toeplitz, Cécile Le Prado, Thierry Blondeau, Frédéric Verrières, Andrea Cera…), des plasticiens (Richard Deacon, Kozue Naito), des vidéastes (Christian Boustani, Valérie Urrea, Aldo Lee, Vincent Bosc). Ce travail a suscité des partenariats avec des écoles d’art, des départements universitaires, des pôles images. Il a permis une présence de la danse dans des réseaux élargis : Ircam – Centre Pompidou, Le Fresnoy, MuMa du Havre, Biennale Arts Le Havre, Numéridanse.tv, Fondation Cartier. Le parcours artistique d’Hervé Robbe porte une culture du décloisonnement de la danse et de ses publics, parce qu’il englobe aussi bien son origine ancrée dans une tradition et une histoire que son déploiement protéiforme, innovant et pluridisciplinaire.

Figure singulière de la danse française, Hervé Robbe déploie depuis plus de trente ans une recherche expérimentale et pluridisciplinaire dans laquelle se conjuguent aussi bien l’écriture du geste, la musique, les arts plastiques, le design ou encore l’architecture. Sa dernière création Sollicitudes, en dialogue avec le compositeur Jérôme Combier, réunit quatre danseur·se·s et deux musiciennes de l’Ensemble Cairn. En collaboration avec la designer textile Jeanne Vicerial, le binôme imagine une orchestration chorégraphique et musicale inédite. Dans cet entretien, Hervé Robbe et Jérôme Combier reviennent sur le processus de création de Sollicitudes.

La création de Sollicitudes est marquée par la crise sanitaire et le confinement. Pourriez-vous retracer la genèse de ce projet ?
Hervé Robbe : Le destin de cette nouvelle création est en effet complètement entrelacé avec cette période. Tout remonte à l’automne 2019, lorsque j’invite Catherine Legrand, Vera Gorbatcheva, Jean-Christophe Paré et Yann Cardin, quatre merveilleux·ses interprètes avec lesquelles j’entretiens des collaborations artistiques de longue date, à nous réunir pour élaborer ensemble une forme performative et légère. À vocation éphémère, Il s’agissait alors pour ce projet de faire dialoguer quatre soli avec des propositions musicales du compositeur Jérôme Combier. Puis lorsque le confinement a été annoncé, nous avons dû mettre en stand-by le travail engagé. J’ai pu à ce moment-là prendre le temps pour repenser ce projet de création et lui donner une nouvelle ampleur. Le désir et la nécessité de faire se rencontrer les écritures, les sons et les corps de ce collectif d’artistes talentueux·ses, virtuoses et vertueux·ses, au sein d’un espace scénique réinventé, avec attention, bienveillance et constance, se sont imposés de manière beaucoup plus forte. En échangeant virtuellement avec l’ensemble des collaborateur·rice·s, une nouvelle création pluridisciplinaire plus ambitieuse s’est formulée. Après plusieurs mois d’attente, le collectif a pu se réunir autour de ce projet et imaginer une orchestration chorégraphique inédite, faite d’écoute et de dialogue attentif, toute en porosités, en gardant à l’esprit une vocation d’adaptabilité au contexte.

Pourriez-vous partager le processus de création de Sollicitudes ?
H.R : Peut-être parce que le contexte me l’imposait, mais aussi probablement parce que la confiance et la grande complicité avec les interprètes me le permettaient, j’ai voulu bousculer mes usages coutumiers, expérimenter une autre place de chorégraphe. Je me suis par exemple refusé d’écrire au préalable leur matière gestuelle. En préambule, je les ai tous les quatre interpellé·e·s sur leur mémoire corporelle. Les gestes qu’il·elle·s ont projetés ou qu’il·elle·s ont traversés. Les signes qui constituent les traces et les empreintes de leurs mémoires d’interprète afin de redessiner une nouvelle partition. Quatre soli où chacun·e est auteur·rice de sa présence et potentiellement dialogue avec la proposition des autres. J’ai l’habitude de dire qu’en danse, avant le texte chorégraphique qui est souvent le résultat du processus de création, il n’y a que des prétextes. J’ai donc proposé une sorte de structure dramaturgique, un agencement, une architecture. À partir de carnets d’inspiration, de missives gestuelles ou de partitions ouvertes, des dialogues et processus de travail particulier à chacun·e se sont déployés. Dans l’alternance entre échanges épistolaires et temps individualisé en studio, nous étions pleinement dans un registre de co-création. La prédétermination, en accord avec Jérôme Combier, des environnements musicaux destinés à chacun·e a été aussi à la fois stimulante en sources d’inspirations et structurante. Les rencontres épisodiques avec les musiciennes et l’appréhension progressive des costumes de Jeanne Vicerial, sorte d’exosquelette à habiter par le mouvement, ont largement nourri les processus compositionnels. Puis nous avons pu réunir tout le collectif au travail en juin 2021 et c’était une joie de découvrir les imaginaires déployés par chacun·e, de partager et de construire ensemble ce nouvel objet.

Hervé, vous retrouvez le compositeur Jérôme Combier. Pourriez-vous revenir sur cette nouvelle collaboration ?
H.R : Nous avions en effet collaboré avec Jérôme entre 2018 et 2020 sur le cycle In Extenso, Danses en Nouvelles. Je lui avais proposé de créer une suite de pièces musicales qu’il a intitulé Squares and line, susceptibles de s’entremêler ou de coexister avec des musiques du compositeur Charles Ives. Je lui avais en quelque sorte dessiné le cadre d’un champ musical contraint. Il s’en est emparé et a composé une musique d’une grande richesse rythmique en cohérence avec les citations de Charles Ives et dans une relation très subtile avec la danse. Pour Sollicitudes, le geste a été inversé. Je lui ai donc demandé de me faire la proposition d’une potentielle dramaturgie musicale en cohérence avec les desseins du projet et qui incluait la présence des deux musiciennes Fanny Vicens (accordéon) et Alexa Ciciretti (violoncelle). Après correspondances virtuelles et temps partagés en studio, le projet musical s’est articulé autour de deux axes contrastés : d’un côté la musique de Schubert (entendue dans une dynamique de réécriture pour accordéon et violoncelle) et de l’autre deux morceaux de Jérôme, Kikapou et Wood and Bones, aux antipodes du romantisme, quasi tribale, explorant les gestes des instrumentistes dans leur plus brute expressivité. Au-delà des intentions et de la cuisine passionnante de fabrication, il en résulte une œuvre musicale étrange et forte qui entretient une relation très subtile avec la danse, considérablement enrichie par la présence et l’interprétation des deux musiciennes.

Jérôme, pouvez-vous revenir sur le processus musical de Sollicitudes ? Comment avez-vous adapté vos deux morceaux pour ce projet en particulier ?
Jérôme Combier : Je n’ai pas vraiment adapté Kikapou et Wood and Bones : Hervé et surtout Vera Gorbatcheva et Yann Gardin s’en sont saisi tel quel. D’ailleurs les démarches de Vera et de Yann sont à l’opposé total l’une de l’autre et bien sûr j’ai laissé chacun se positionner comme bon lui semblait. Dans le cas de Kikapou, j’ai senti que cela ne fonctionnait pas au début, avec l’énergie que déployait Yann : il souhaitait parcourir le plateau, proposer quelque chose d’ouvert et de généreux, alors que la musique était plutôt introspective et statique dans ces premiers instants. Il y avait aussi dans la proposition de Yann beaucoup d’hétérogénéité à laquelle la musique ne pouvait pas répondre. Après quelques semaines de petite désespérance, j’ai fini par trouver ma solution : j’ai ajouté un prélude électronique constitué de chants traditionnels d’Amérique du nord, eux aussi très hétérogènes dans leur source, liés à des rituels ou des pratiques collectives. J’ai ensuite transformé ces musiques à l’aide de l’ordinateur pour ne plus les rendre immédiatement perceptibles. Cette bande-son a donné une nouvelle couleur un peu chamanique à la proposition de Yann. Vera a quant à elle bordé Wood and Bones de manière frontale et herculéenne. Je l’ai laissée faire, totalement admiratif. Je dois dire toutefois que cette énergie qu’elle déployait m’a fait définitivement changer la toute fin de la musique : d’une fin en pointillés et un peu suspensive, j’ai opté pour un grand geste percutant.

Hervé, la musique occupe toujours une place importante dans votre travail. De quelles manières abordez-vous la musique lors de vos processus de création ?
H.R : Vaste sujet. Mes premières amours étaient le dessin, l’architecture et les arts plastiques. Dès mes débuts en 1987, ma démarche artistique s’est d’emblée épanouie dans la volonté d’un dialogue interdisciplinaire, et la musique, c’est vrai, a pris une grande place. J’ai toujours eu la volonté d’imaginer une relation sensible et innovante avec la musique. C’est ce qui a motivé de nombreuses collaborations avec des compositeur·rice·s contemporain·e·s : Kasper Toeplitz, Costin Miereanu, Cecile Le Prado, Thierry Blondeau, Frédéric Verrières, Andrea Cera, Romain Kronenberg, Pierre Henry et aujourd’hui Jérôme Combier. Mais je n’ai pas hésité aussi à me confronter parfois à des œuvres du patrimoine musical. J’ai même fait une pièce dans le silence intitulée Made Of en 1994. La danse et la musique sont deux langages artistiques qui n’ont de cesse de s’interpeller ou de se coloniser. Une relation passionnée et passionnante du fait des enjeux qui les réunissent ou parfois les séparent : inventer une chronologie d’événements, imaginer des agencements de rythmes, de textures et de matières dans l’espace, créer des formes qui habillent et habitent le temps. Entre porosité, interaction, friction et indépendance, des particularités culturelles et des outils de fabrication sont convoqués par le·la chorégraphe et le·la compositeur·rice. Reste à savoir pour quels projets artistiques collaborent-ils·elles et à quels desseins ? Si des relations particulières doivent se tisser entre danse et musique, une dramaturgie collaborative reste toujours à inventer entre elles.

Jérôme, en tant que compositeur et créateur sonore, comment votre collaboration avec Hervé nourrie/déplace-t-elle votre pratique/recherche personnelle ?
Jérôme Combier  : Mes rencontres avec Hervé Robbe et Alban Richard ont toutes deux été surprenantes et ces expériences sont pour moi un immense enrichissement. Le processus de travail avec Hervé n’est jamais fixe : il se peut qu’à un moment, après avoir discuté ensemble, élaboré quelques idées globales (pulsation ou non, espace à explorer…), nous décidons dans un premier temps de travailler séparément, chacun avec un cadre structurel précis puis de rassembler ensuite les propositions et voir ce qu’il en est, mais il se peut aussi qu’à un autre moment, j’assiste aux répétitions, travaille une partie de la nuit pour obtenir une page de musique prête pour le lendemain. Parfois, la musique est déjà écrite et Hervé me dit de ne rien toucher. Puis enfin, il y a les ré-écritures et transformations des pièces du répertoire, Charles Ives ou Franz Schubert, pour lesquelles nous opérons une haute voltige d’adaptation, de déformation, d’étirement parfois. Je crois que c’est cela que j’ai appris avec la danse : que toutes les voies sont possibles, pourvu que compositeur et chorégraphe se laissent une grande liberté, mais aussi la capacité de réagir, techniquement et « dramaturgiquement ». Mais probablement aussi cette capacité incroyable d’orienter ou réorienter le travail, cette souplesse et cette maîtrise technique est propre à Hervé…

Hervé, votre recherche tisse toujours des liens très forts avec les arts plastiques, en témoigne les costumes de Sollicitudes. Pourriez-vous revenir sur votre collaboration avec la designeuse textile Jeanne Vicerial ?
H.R : En effet, une des particularités de ma recherche artistique est de développer une écriture chorégraphique en lien avec les arts plastiques, le design, la vidéo, le design, la technologie ou encore l’architecture. Mon travail peut donc prendre plusieurs formes : des spectacles pour la scène, des performances déambulatoires in-situ, des films, des installations, et des expositions. Chaque rencontre avec des plasticien·ne·s, des designers, des créateur·rice·s lumières, des vidéastes ou des costumier·ère·s permet de confronter mon écriture à d’autres potentialités. Lorsque j’ai commencé à imaginer Sollicitudes, je savais que le costume allait prendre une place dans la dramaturgie du projet, au-delà du simple vêtement. Pendant le premier confinement, l’administratrice de la compagnie Clémence Huckel m’a orienté vers le travail de Jeanne Vicerial qui m’a tout de suite intrigué par son approche plasticienne du vêtement. J’avais l’étrange intuition, en voyant les images de ces sculptures-vêtements, qu’il y avait déjà des liens entre les danseur·se·s et ces peaux chargées de signes évocateurs. Je l’ai contactée sans savoir si elle allait me répondre. Bien qu’elle n’ait jamais, je crois, collaboré sur des projets de danse, elle a manifesté tout de suite son enthousiasme à rejoindre l’aventure. Nous avons d’abord longuement échangé par visioconférence car elle était confinée à la Villa Médicis à Rome. Puis, finalement, j’ai pu la rencontrer fin 2020 dans son atelier et découvrir son travail en volume. Lorsque nous avons commencé le processus de création, Jeanne nous a proposé des prototypes de « costumes-sculptures » que les danseur·se·s se sont appropriés. Son travail est assez sophistiqué et ses costumes n’ont pas vocation à être manipulés mais en simplifiant certains éléments les danseur·se·s ont pu commencer à expérimenter avec. Progressivement, des figures se sont sculptées dans l’empreinte de leurs danses, des usages, des significations et des métamorphoses sont apparus. Nous partagions avec Jeanne l’intuition qu’il nous fallait un septième personnage sur le plateau, une sorte de totem. Cette grande figure anthropomorphique, constituée d’une superposition des différentes peaux textiles et éléments d’ornementations qui font écho aux costumes des danseurs, s’est imposée sur le plateau. Entre commandeur, guerrier samouraï, ombre et apparition fantomatique, ce totem a fini par organiser l’espace de jeu et le charger d’une tension dramatique qui se métamorphose selon la nature des soli.

Propos recueillis par Wilson Le Personnic. Publié le 05/01/2022 sur maculture.fr

Note de Jeanne Vicerial
« Pour Sollicitudes, j’envisage la création de 6 pièces/sculptures vestimentaires pour les danseurs chorégraphes Catherine Legrand, Jean-Christophe Paré, Yann Cardin & Vera Gorbacheva et les musiciens Fanny Vicens & Alexa Ciciretti. L’idée est de s’approcher des corps des interprètes et musiciens à l’aide du textile afin de créer des sculptures vestimentaires composées de plusieurs parties amovibles (voir photo de références) que l’on peut transformer, animer, laisser figer. Ainsi, ces sortes d’organes vestimentaires viendraient au fil du temps, des répétitions et de la volonté des danseurs et musiciens créer composer des corps bigarrés, fragmentés. Dans ce laboratoire de corps, d’écorchés, et d’exosquelette, je souhaite engager un terrain de recherche autour des danseurs et musiciens afin de réanimer les pièces textiles que je viendrais composer en fonction de chacun. Il s’agirait de grisailles qui prennent vie et racontent leur histoire. On pourrait observer une réanimation, un second souffle : une vie. Les mouvements ou non des danseurs/musiciens au travers des plissés, des fils, de coutures et de drapé donneront vie aux « costumes-sculptures ». Ces pièces vestimentaires organiques sont composées d’organes textiles afin de créer des corps en constante métamorphose. Avec les sculptures vestimentaires, je souhaite proposer une étude textile chorégraphique. Les techniques de moulage que j’utilise peuvent se rapprocher de celle des sculpteurs. Je viendrais comme une chirurgienne étudier les corps ou partie de corps afin de leur donner une matière organique textile. Avec la création de ces peaux textiles, de ces écorchés vestimentaires il y aurait comme une inversion, le corps qui fut à l’intérieur ou modèle de certain moulage se retrouve d’une certaine façon à l’extérieur. »