The Dancing Public
Danse / JEUDI 23 MARS 20H  / Le Foirail
1h10 / TARIF C

Depuis sa première pièce Manual Focus (2003) et jusqu’à sa récente série The Red Pieces avec 69 positions (2014), 7 Pleasures (2015) ou encore 21 pornographies (2017), la chorégraphe et performeuse danoise Mette Ingvartsen met l’accent sur le corps comme instrument de luttes politiques dans l’histoire. Partant du contexte historique des « frénésies dansantes » du Moyen-Âge, elle propose une réponse chorégraphique immersive à l’hyper-contrôle imposé au corps individuel et social par la récente pandémie. Ambiance de boite de nuit soutenue par la lumière efficace de Minna Tiikkainen, boucle de sons mixés en direct par un dj avec rythmes de basse irrésistibles : Mette Ingvartsen nous embarque malgré nous. Se combine à la danse un récit qui va de la peste noire de 1348 aux marathons de danse des années 1930 aux États-Unis, en passant par les expérimentations de Charcot. La danseuse parcourt les époques, creuse les discours religieux, médicaux ou politiques, slame, chante, crie : « ce soir on va danser ! » Se frayant un passage dans le public debout avec elle sur le plateau, elle se lance dans une performance orale et physique exceptionnelle qui oscille entre mouvement libérateur et pulsion incontrôlable. Mêlant les discours avec une remarquable aisance, variant les rythmes et les danses, elle se déplace, monte sur les praticables façon gogo dancer désinhibée, replonge et nous entraine. Déterminée et puissante, elle nous convie à un rassemblement festif et exutoire. La danse, nous dit-elle, est à la fois un symptôme et un remède, un débordement libératoire et subversif.

Concept et performance Mette Ingvartsen — Lumière Minna Tiikkainen — Scénographie Mette Ingvartsen et Minna Tiikkainen — Arrangements musicaux Mette Ingvartsen et Anne van de Star — Costumes Jennifer Defays — Dramaturgie Bojana Cvejić — Traduction du texte Gilles Amalvi — Directeur technique Hans Meijer — Technicien son Anne van de Star — Management Ruth Collier — Production et administration Joey Ng — Musique Affkt feat. Sutja Gutierrez, Scanner, Radio Boy, LCC, VII Circle, Kangding Ray, Paula Temple, Ron Morelli, Valanx, Anne van de Star — Crédit photos Jonas Verbeke, Marc Domage
PRODUCTION

Production Great Investment vzw. Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre du programme New Settings Program, Bikubenfonden. Coproduction PACT Zollverein - Essen, Kaaitheater - Bruxelles, Festival d’Automne - Paris, Tanzquartier - Vienne, SPRING Performing Arts Festival - Utrecht, Kunstencentrum Vooruit - Gand, Les Hivernalles (Avignon), Charleroi danse centre chorégraphique de Wallonie – Bruxelles, NEXT festival, Dansens Hus Oslo Résidence de création Kunstencentrum Buda - Courtrai. Avec l’aide des Autorités flamandes, le Conseil danois des arts et la Commission communautaire flamande (VGC) Crédits photos Bea Borgers, Hans Meijer, Marc Domage, Katja Illner, Jonas Verbeke

Depuis sa première pièce Manual Focus (2003) et jusqu’à sa récente série The Red Pieces avec 69 positions (2014), 7 Pleasures (2015) ou encore 21 pornographies (2017), la chorégraphe et performeuse danoise Mette Ingvartsen met l’accent sur le corps comme instrument de luttes politiques dans l’histoire. Partant du contexte historique des « frénésies dansantes » du Moyen-Âge, elle propose une réponse chorégraphique immersive à l’hyper-contrôle imposé au corps individuel et social par la récente pandémie. Ambiance de boite de nuit soutenue par la lumière efficace de Minna Tiikkainen, boucle de sons mixés en direct par un dj avec rythmes de basse irrésistibles : Mette Ingvartsen nous embarque malgré nous. Se combine à la danse un récit qui va de la peste noire de 1348 aux marathons de danse des années 1930 aux États-Unis, en passant par les expérimentations de Charcot. La danseuse parcourt les époques, creuse les discours religieux, médicaux ou politiques, slame, chante, crie : « ce soir on va danser ! » Se frayant un passage dans le public debout avec elle sur le plateau, elle se lance dans une performance orale et physique exceptionnelle qui oscille entre mouvement libérateur et pulsion incontrôlable. Mêlant les discours avec une remarquable aisance, variant les rythmes et les danses, elle se déplace, monte sur les praticables façon gogo dancer désinhibée, replonge et nous entraine. Déterminée et puissante, elle nous convie à un rassemblement festif et exutoire. La danse, nous dit-elle, est à la fois un symptôme et un remède, un débordement libératoire et subversif.

DISTRIBUTION

Concept et performance Mette Ingvartsen — Lumière Minna Tiikkainen — Scénographie Mette Ingvartsen et Minna Tiikkainen — Arrangements musicaux Mette Ingvartsen et Anne van de Star — Costumes Jennifer Defays — Dramaturgie Bojana Cvejić — Traduction du texte Gilles Amalvi — Directeur technique Hans Meijer — Technicien son Anne van de Star — Management Ruth Collier — Production et administration Joey Ng — Musique Affkt feat. Sutja Gutierrez, Scanner, Radio Boy, LCC, VII Circle, Kangding Ray, Paula Temple, Ron Morelli, Valanx, Anne van de Star — Crédit photos Jonas Verbeke, Marc Domage

   

Mette Ingvartsen
Mette Ingvartsen est une danseuse et chorégraphe danoise. À partir de 1999, elle fait ses études à Amsterdam et Bruxelles, d’où elle sort diplômée de P.A.R.T.S en 2004. Elle crée son premier spectacle, Manual Focus en 2003, alors qu’elle est encore étudiante. Ses premières pièces incluent notamment 50/50 (2004), to come (2005), It’s in The Air (2008) et GIANT CITY (2009) ; elles questionnent l’affect, la perception et la sensation en lien avec la représentation du corps. Son travail se caractérise par l’hybridité et s’engage dans des pratiques chorégraphiques élargies, qui combinent la danse et le mouvement avec d’autres domaines comme les arts visuels, la technologie, le langage et la théorie. Entre 2009 et 2012, elle développe un volet important de son travail avec la série The Artificial Nature, dans laquelle elle cherche à reconfigurer par la chorégraphie les relations et les agencements entre humain et non-humain. La série inclut trois performances dépourvues de toute présence humaine (evaporated landscapes (2009), The Extra Sensorial Garden (2011), The Light Forest (2010)) et deux autres dans lesquelles la figure humaine est réintroduite (Speculations (2011) et la pièce de groupe The Artificial Nature Project (2012)). Sa série récente The Red Pieces inclut les pièces 69 positions (2014), 7 Pleasures (2015), to come (extended) et 21 pornographies (2017). Elle s’inscrit dans l’histoire de la performance, avec un focus sur la nudité, la sexualité, et la façon dont le corps a été historiquement un lieu de luttes politiques. Elle crée Moving in Concert en 2019, une pièce de groupe abstraite sur les relations entre humains, outils technologiques et matières naturelles. The Life Work, un projet in situ dans la Région du Ruhr qui se penche sur des questions de migration, avec des personnes âgées et un nouveau solo The Dancing Public qui part de la fascination pour les manies de danse à travers l’histoire, dont la première a eu lieu en 2021. Mette Ingvartsen a créé sa compagnie en 2003. Depuis, son travail a été montré en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, en Australie et à Taipei. Elle a été artiste en résidence au Kaaitheater de Bruxelles (2012-2016) et à la Volksbühne de Berlin, et associée au réseau européen APAP. Elle est titulaire d’un PhD en chorégraphie de UNIARTS / Lunds University, Suède. Parallèlement à ses activités de chorégraphe, d’interprète, d’auteur de textes et de conférences, sa pratique inclut l’enseignement et la recherche partagée par le biais d’ateliers avec des étudiants d’universités et d’écoles d’art. Elle a collaboré et a été interprète avec Xavier Le Roy, Bojana Cvejic, Jan Ritsema et Boris Charmatz, et s’est investie dans des projets de recherche collectifs comme la plateforme artistique EVERYBODYS (2005-2010), pour laquelle elle a co-édité everybodys publications, mais aussi le projet pédagogique Six Months, One Location (2008), et la conférence performative The Permeable Stage.

The Dancing Public
La curiosité de la chorégraphe Mette Ingvartsen pour les manies dansantes du Moyen-âge est apparue avant la pandémie. Inspiré de ces phénomènes collectifs inexpliqués, son dernier solo The Dancing Public fait pourtant écho avec les bouleversements actuels de nos rapports aux corps et aux autres. Un instant de confusion saisit le public qui entre dans la salle du Kaaitheater à Bruxelles pour assister à la nouvelle création de Mette Ingvartsen : aucune chaise à disposition, trois plateformes en bois encadrées de néons blancs sur trois côtés de la pièce, une colonne lumineuse au centre et la musique techno déjà lancée. Difficile de savoir où s’installer : on reste debout immobile quelques instants, on circule un peu, des spectateurs discutent, certains se trémoussent en rythme. L’impression d’entrer dans un bar ou une boite de nuit résonne pleinement avec la pièce qui s’apprête à commencer. Car, après avoir exploré ces dernières années les rapports entre humains et non-humains, les enjeux posés par les nouvelles technologies ou encore la nudité et la sexualité, la chorégraphe danoise se penche aujourd’hui sur la danse elle-même, en s’intéressant aux « folies dansantes » du Moyen-Âge. Par la parole, le chant, la danse, le théâtre, le rire, les cris, le son et la lumière, et en s’appuyant sur une documentation fouillée, elle nous raconte avec The Dancing Public ces faits observés en Europe entre les 14ème et 18ème siècles.
Pour retracer ces évènements à l’origine de nombreux fantasmes, la performeuse parcourt l’espace, circule dans le public, monte sur une estrade puis sur une autre. Elle passe à quelques centimètres des spectateurs, nous touche parfois et croise nos regards. Ses déplacements nous obligent à la suivre, à bouger avec elle, à changer de place, comme pour souligner un peu plus le rôle organique du mouvement dans nos sociétés, tant au niveau individuel que collectif. Mette Ingvartsen ira aussi jusqu’à expérimenter les « états-limites » propres aux phénomènes qu’elle étudie. Par la répétition de mots et de gestes, tel ce balancement violent de la tête, par l’exagération des postures et une frénésie continue, elle transmet l’extase, la jouissance mais aussi la douleur provoquées par ces danses irrépressibles, à la fois symptômes et remèdes populaires en temps de crise. Mais alors qu’on traverse de nouvelles crises, sanitaire, sociale, politique, écologique, le corps peut-il encore être un lieu de libération des pulsions et de transgression ? La danse, un moment de perte de contrôle et de suspension des règles ? C’est la question que pose Mette Ingvartsen avec une chanson adressée au public avec conviction : « Ce soir, on va danser. Mes pieds vont danser. Vos pieds vont danser. Nos coeurs vont danser… » entonne-t-elle. L’invitation à rejoindre la fête est lancée et si certains spectateurs se prêtent au jeu, la timidité de la plupart révèle qu’il n’est pas si simple de lâcher prise et de déconstruire les codes de la salle de spectacle.
Dounia Dolbec, Mouvement.net, 21/10/2021

« Dancing public » : la folie dansante de Mette Ingvartsen
Seule au milieu du public, la danseuse et chorégraphe remonte le temps et explore divers épisodes où la danse a envahi l’espace public... pour mieux nous faire danser. Surprise à la Biennale de Charleroi Danse en pénétrant dans la grande salle des Ecuries : ni gradins ni scène mais un vestiaire où les spectateurs sont invités à déposer vestes, sacs et autres éléments encombrants. On peut ensuite passer de l’autre côté des hauts rideaux de scène pour déboucher dans un espace plutôt sombre, façon boîte de nuit. Un DJ se charge d’ailleurs d’envoyer une musique de circonstances aux rythmes de basse irrésistibles. D’un coup, Mette Ingvartsen apparaît au beau milieu du public disséminé un peu partout dans l’espace. En short, t-shirt et bottines noires, elle affiche un large sourire et passe de l’un à l’autre en dansant et en répétant comme un mantra le programme de la soirée : « Ce soir, je vais danser ! Ce soir mes pieds vont danser ! Ce soir, mon sang va danser ! Ce soir, nous allons danser ! » Certains s’écartent un peu à son approche, d’autres relèvent son défi et se lancent à leur tour. La plupart se contentent de battre la mesure et de se trémousser un peu au rythme de la musique. Très vite, la maîtresse de cérémonie pousse le bouchon un peu plus loin. Tout en regagnant un des trois podiums, façon Go Go Girls, répartis dans l’espace, elle se lance dans un récit qui ira de la grande peste de 1374 aux marathons dansés du début des années 30 en passant par la danse de Saint-Guy, les recherches de Charcot et bien d’autres épisodes où la danse, en envahissant les rues, apparaissait tantôt comme une délivrance générale face aux maux de l’époque, tantôt comme une malédiction où le diable se serait emparé du corps des femmes (on rêve de revoir cette performance dans le cadre de la remarquable exposition Witches consacrée aux sorcières au Vanderborght à Bruxelles). Sans jamais cesser de danser, sur des rythmes variant selon les époques et les étapes du récit, elle livre une sorte de spoken word virant parfois vers le rap et parfois vers le chant, relatant ces éruptions de danse incontrôlées qui marquèrent les siècles passés. Personne ne peut résister à l’enthousiasme et à l’énergie de Mette Ingvartsen dont la performance se révèle aussi pertinente qu’irrésistible, mêlant aspects politiques, scientifiques, historiques avec une remarquable aisance. Pas une seconde d’ennui dans cette sarabande où elle escalade les podiums, replonge dans le public, semble soudain possédée par un quelconque démon puis redémarre avec un grand sourire invitant à la rejoindre... Rien d’effrayant ni de « malaisant » dans ce solo puissant et libérateur, imaginé bien avant le covid mais prenant, dans sa dimension libératrice, une nouvelle ampleur. On est, d’un bout à l’autre, fascinés par son abattage et son récit, inscrits dans une scénographie simple et parfaite imaginée avec Minna Tiikkainen et les arrangements musicaux irrésistibles conçus avec Anne Van de Star. Et lorsqu’après l’ovation finale, la musique reprend de plus belle, la salle entière se transforme instantanément en boîte de nuit, plus un seul spectateur ne résistant au plaisir de la danse.
Jean-Marie Wynants, Le Soir, 28/10/2021

Bojana Cvejić : À quand remonte l’idée de The Dancing Public ? Qu’est-ce qui vous a incité à explorer le phénomène de la chorémanie et des marathons de danse ?
Mette Ingvartsen : L’idée est venue avec le titre – The Dancing Public – il y a environ cinq ans, lorsque j’ai senti qu’il était temps pour moi de faire une pièce qui impliquerait le fait de danser avec le public. Cela m’a amenée aux marathons de danse des années 30 aux États-Unis, mais plus je lisais à ce sujet, plus je me rendais compte qu’ils ne pouvaient pas constituer l’essentiel de mon centre d’intérêt. Dans les années 30, pendant la Grande Dépression, les gens pauvres étaient prêts à risquer leur vie en participant à une compétition en vue d’une récompense pécuniaire. Mon souhait était de rassembler des gens à travers la danse dans un espace physique – soit un phénomène social où la danse devient un outil qui permet une expérience de collectivité. Il s’agit autant de joie et d’extase que de douleur et d’épuisement. L’idée initiale est longtemps restée « au frigo » parce que je n’étais pas convaincue par le marathon de danse. Puis je suis tombée sur la chorémanie, un phénomène observé à la fin du Moyen-Âge qu’on appelle également la manie dansante ou l’épidémie de danse. Et la chorémanie m’a attirée du fait qu’elle combine plusieurs éléments que je voulais explorer : danser dans l’espace public, la danse en tant que rassemblement social, et l’excès de mouvements de danse qui deviennent ininterrompus et incontrôlables, et se propagent comme une contagion. Quand les gens dansent pour le plaisir, de manière générale ou dans les fêtes, les mouvements traversent les corps, mais dans les chorémanies, la danse était associée à une force mystérieuse, à quelque chose d’énigmatique, d’insondable qui propulse le mouvement au-delà du contrôle. Et c’est sur cette question que je voulais me pencher. C’est ainsi que la création a commencé…

Ce solo peut être abordé sous deux angles simultanés : l’un étant l’invitation qui devient une situation de danse, c’est-à-dire qu’à partir de la narration, vous nous incitez à danser tout au long de la soirée. L’autre perspective concerne la construction du corps qui se secoue et se convulse, entraîné dans un état que l’on qualifierait normalement d’irrationnel, entre joie et épuisement, excès et folie : une « folie » de la danse ! Quel intérêt portez-vous au corps ?
J’ai réimaginé ces gestes à partir de descriptions de manies dansantes, en particulier les récits du Dr Hecker qui a élaboré un compte rendu détaillé de mouvements vifs et saccadés. J’ai également trouvé d’autres récits de chorémanies dans lesquelles des religieuses aboyaient ou miaulaient, entrant dans des états momentanés de folie contagieuse. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui arrive au corps dans les moments de crise et l’excès corporel qui en résulte si facilement. Qui plus est, la pièce pose également la question de savoir pourquoi les gens font la fête. Cela répond aussi à un besoin d’excès. Je me souviens qu’au sortir de l’adolescence, j’avais moi aussi un grand besoin de dépenser mon énergie et que cela allait de pair avec le désir d’être dans une situation où les règles seraient temporairement suspendues. Il existe une longue tradition de festivités – depuis les Grecs et les romains jusqu’aux carnavals par la suite –, des événements destinés à faire l’expérience d’une sorte de libération des contraintes morales et des règlements. En revanche, les manies dansantes ne sont pas des moments d’excès organisés, mais surviennent comme des éruptions lorsque le corps ne peut plus réfréner les mouvements. Et c’est fondamental pour moi, car cela indique une réponse à une condition sociale ou politique. Je ne sais pas si je le qualifierais de répression ou de sentiment d’en avoir assez. Et qu’est-ce qui pourrait déclencher une telle libération ? Par exemple, pendant le confinement, j’ai ressenti quelque chose de similaire dans mon propre corps, quelque chose comme : « Je ne supporte plus ce confinement, cet état de réclusion, d’isolement. Il faut que je bouge, que je sois en compagnie d’autres personnes. » Je peux aussi éprouver de l’empathie pour la situation du corps des femmes dans le passé, la répression de leur sexualité et de leur droit à s’exprimer et à agir aux côtés des hommes. Il n’est pas difficile d’imaginer pourquoi et comment un besoin de mouvement excessif a émergé. Lors des manies dansantes, ce ne sont pas seulement les femmes qui se convulsaient, mais aussi les enfants et les hommes. Toutefois, la tarentelle, une forme italienne de manie dansante, était souvent dansée par des femmes, étayée par une histoire de morsures de tarentules – des araignées venimeuses – que la danse pouvait soigner. Ce qui est intéressant ici, c’est que la danse est à la fois le symptôme d’une maladie et son remède. Cela nous dit quelque chose de la capacité régénératrice du corps à surmonter différentes formes d’oppression et d’entrave à la liberté. Parfois, cela se produit sous forme de sublimation – comme dans les carnavals et les fêtes –, d’autres fois, cela se manifeste par ce qui ressemble à de la folie ou par ce qui comporte un élément incontrôlable.

Extrait d’un entretien réalisé par Bojana Cvejić le 18/09/2021, Essen (PACT Zollverein)