(La bande à) LAURA
Danse / JEUDI 4 MAI 19H  / Le Foirail
1H / TARIF C / À PARTIR DE 9 ANS

La chorégraphe Gaëlle Bourges poursuit son principe d’élucidation des représentations à travers les méandres de l’histoire de l’art. Après Le bain, qui donnait à voir deux scènes de baignade prélevées dans la peinture européenne du XVIe siècle, (La bande à) LAURA a pour toile de fond la fameuse Olympia, peinte par Manet en 1863. L’histoire de l’art s’est surtout attachée à décrire cette figure scandaleuse allongée au premier plan, plus rarement la camériste noire qui tend un bouquet de fleurs à l’arrière du lit, une prénommée « Laure ». Mais l’effacement manifeste de Laure au profit de la femme blanche se double d’un deuxième effacement  : le nom du modèle nu justement, Victorine Meurent, qui était peintre elle aussi, reconnue et exposée. (La bande à) LAURA tente de redonner de l’épaisseur – historique, sociale, symbolique – à la présence des deux femmes du tableau. Pour ce faire, la pièce convoque une série d’œuvres qui ont inspiré Manet, ou qui ont été inspirées par son Olympia, et pose au passage quelques jalons critiques à destination des jeunes spectateurs mais aussi des adultes. À l’aide d’éléments issus des différents tableaux qui gravitent autour d’Olympia — draps, coussins, chat, chien, fleurs, bijoux, tissus –, les quatre performeur.euses animent des fragments d’images qui sont autant de traits de lumières jetés sur notre société contemporaine. À sa manière à la fois douce et acerbe, Gaëlle Bourges brouille les rôles entre peintres et modèles et nous dévoile les multiples ramifications d’une œuvre iconique tout en la soustrayant malicieusement à notre regard.

Conception et récit Gaëlle Bourges — Avec Carisa Bledsoe, Helen Heraud, Noémie Makota et Julie Vuoso — Chant tou.te.s les performeur.euses — Accompagnement pour le chant Olivia Denis — Robes Anne Dessertine — Costumes et accessoires Gaëlle Bourges & Anne Dessertine — Lumière Abigail Fowler — Musique Stéphane Monteiro aka XtroniK, Marie Jaëll (Valses mélancoliques, N°1, Pas trop lentement ; Six esquisses romantiques pour piano, N°1, Les ombres ; Six esquisses romantiques pour piano, N°3, Métamorphose), Chiquinha Gonzaga (air de Atraente), Giuseppe Verdi (La Traviata, Acte 3, Prélude) — Régie générale, régie son et régie lumière Guillaume Pons — Administration Clémence Casses — Production-diffusion Camille Balaudé — Crédit photos Danielle Voirin
PRODUCTION

Production association Os. / Coproduction Le T2G – Théâtre de Gennevilliers, le Théâtre de la Ville – Paris, Festival d’Automne à Paris, L’échangeur- CDC Hauts-de-France, le Théâtre d’Arles, le TANDEM scène nationale de Douai- Arras, La Rose des Vents scène nationale de Villeneuve d’Ascq. Avec le soutien de la Fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings, de la Région Ile-de- France dans le cadre de l’aide à la création, du Département des Bouches-du- Rhône – Centre départemental de créations en résidence, du département de l’Essonne et de l’Amin Théâtre – Le TAG.

La chorégraphe Gaëlle Bourges poursuit son principe d’élucidation des représentations à travers les méandres de l’histoire de l’art. Après Le bain, qui donnait à voir deux scènes de baignade prélevées dans la peinture européenne du XVIe siècle, (La bande à) LAURA a pour toile de fond la fameuse Olympia, peinte par Manet en 1863. L’histoire de l’art s’est surtout attachée à décrire cette figure scandaleuse allongée au premier plan, plus rarement la camériste noire qui tend un bouquet de fleurs à l’arrière du lit, une prénommée « Laure ». Mais l’effacement manifeste de Laure au profit de la femme blanche se double d’un deuxième effacement  : le nom du modèle nu justement, Victorine Meurent, qui était peintre elle aussi, reconnue et exposée. (La bande à) LAURA tente de redonner de l’épaisseur – historique, sociale, symbolique – à la présence des deux femmes du tableau. Pour ce faire, la pièce convoque une série d’œuvres qui ont inspiré Manet, ou qui ont été inspirées par son Olympia, et pose au passage quelques jalons critiques à destination des jeunes spectateurs mais aussi des adultes. À l’aide d’éléments issus des différents tableaux qui gravitent autour d’Olympia — draps, coussins, chat, chien, fleurs, bijoux, tissus –, les quatre performeur.euses animent des fragments d’images qui sont autant de traits de lumières jetés sur notre société contemporaine. À sa manière à la fois douce et acerbe, Gaëlle Bourges brouille les rôles entre peintres et modèles et nous dévoile les multiples ramifications d’une œuvre iconique tout en la soustrayant malicieusement à notre regard.

DISTRIBUTION

Conception et récit Gaëlle Bourges — Avec Carisa Bledsoe, Helen Heraud, Noémie Makota et Julie Vuoso — Chant tou.te.s les performeur.euses — Accompagnement pour le chant Olivia Denis — Robes Anne Dessertine — Costumes et accessoires Gaëlle Bourges & Anne Dessertine — Lumière Abigail Fowler — Musique Stéphane Monteiro aka XtroniK, Marie Jaëll (Valses mélancoliques, N°1, Pas trop lentement ; Six esquisses romantiques pour piano, N°1, Les ombres ; Six esquisses romantiques pour piano, N°3, Métamorphose), Chiquinha Gonzaga (air de Atraente), Giuseppe Verdi (La Traviata, Acte 3, Prélude) — Régie générale, régie son et régie lumière Guillaume Pons — Administration Clémence Casses — Production-diffusion Camille Balaudé — Crédit photos Danielle Voirin

   

Gaëlle Bourges
Le travail de Gaëlle Bourges témoigne d’une inclination prononcée pour les références à l’histoire de l’art, et d’un rapport critique à l’histoire des représentations : elle signe, entre autres, le triptyque Vider Vénus (une digression sur les nus féminins dans la peinture occidentale) ; A mon seul désir (sur la figure de la virginité dans la tapisserie de « La Dame à la licorne »), présenté au festival In d’Avignon (2015) ; Lascaux, puis Revoir Lascaux (sa version tous publics) sur la découverte de la grotte éponyme ; Conjurer la peur, d’après la fresque du « bon et du mauvais gouvernement », peinte par Ambrogio Lorenzetti dans le palais public de Sienne ; Le bain, pièce tous publics à partir de deux scènes de bain beaucoup traitées dans la peinture (Suzanne et Diane au bain) ; Incidence 1327, sur la rencontre de Pétrarque avec Laure, performance co-signée avec la plasticienne Gwendoline Robin (« Sujet à Vif », Festival d’Avignon 2018) ; Ce que tu vois, d’après la tenture de l’Apocalypse d’Angers ; OVTR (ON VA TOUT RENDRE), sur le pillage de l’Acropole par un ambassadeur britannique à Athènes, au début du 19e siècle ; Confluence n°… avec Gwendoline Robin, sur les lunes de Jupiter et la figure de Galilée ; LOULOU (la petite pelisse), une commande dans le cadre du dispositif La Fabrique des écritures / Cie Les Fêtes Galantes -Béatrice Massin, qui s’amuse du rapport entre corps nus et fourrures à partir d’un tableau de Rubens. Gaëlle Bourges est par ailleurs diplômée de l’université Paris 8 – mention danse ; en « Éducation somatique par le mouvement » - École de Body-Mind Centering ; et intervient sur des questions théoriques en danse de façon ponctuelle. Elle a également suivi une formation en musique, commedia dell’arte, clown et art dramatique. Elle a fondé et animé plusieurs années une compagnie de comédie musicale pour et avec des enfants (le Théâtre du Snark) ; a travaillé en tant que régisseuse plateau à la BNF ou encore comme stripteaseuse dans un théâtre érotique.

LAURA, de Gaëlle Bourges
Dans l’apparente simplicité d’un procédé visuel, chorégraphique et narratif, Gaëlle Bourges affirme sa nécessité de donner corps aux « oubliées ». Et nous souhaite la bienvenue, dans la « bande à Laura ».
La scène s’ouvre sur ce qui pourrait être la toile vierge d’un peintre. À moins que ce ne soit la page blanche d’une histoire qu’il est nécessaire de réécrire, tant le souci de réhabilitation semble habiter Gaëlle Bourges dans cette nouvelle création. Avec un sujet clairement formulé – l’Olympia, de Manet – la chorégraphe traverse l’Histoire de l’Art, ouvrant sur Un Atelier aux Batignolles de Fantin-Latour (1870), jusqu’au Déjeuner sur l’herbe : les trois femmes noires de Mickalene Thomas (2010), en passant par La Vénus d’Urbin du Titien (1538). Tout est posé lorsque les quatre performeuses, en habits d’hommes, mêlent leurs peaux noires et blanches dans une ronde des rôles bousculant les places, les assignations et les représentations dans l’atelier même du peintre, au cœur de la « bande à Manet ». Ce même procédé, avec comme protagonistes Victorine Meurent et Laure, les deux modèles de Manet, anime la suite du spectacle. C’est ainsi que l’Olympia se reconstruit sous nos yeux, dans une lenteur doublée d’une précision de gestes et de postures extrême, donnant corps à une exacte réplique du tableau, jusqu’au drapé du tissu. À ceci près que le corps noir n’est pas là où l’aurait souhaité le peintre, et que la nudité disparaît du tableau vivant (un comble pour Gaëlle Bourges !)…
Tout se passe comme si la chorégraphe déplaçait notre regard en offrant une variété d’images décalées comme autant de visions de notre monde à envisager. Que ce soit visuellement, ou dans le texte en voix off, elle semble nous poser une unique question : « Et si… ? ». Et s’il n’y avait pas besoin de nudité pour représenter Vénus ? Et si la femme noire prenait sa place au centre du tableau ? Et si les modèles des peintres étaient aussi talentueuses et créatives que les peintres ? Et si les « femmes de mauvaise vie » étaient simplement des travailleuses du sexe ?… Dans cet espace des possibles, Olympia fait de la place à toutes les femmes, contenues dans ces « Laura », glissant d’une douce sororité vers une sensualité affirmée. Gaëlle Bourges n’épargne pas la société du XIXe siècle ; et l’invisibilisation des femmes ainsi que la mainmise des hommes sur leurs représentations restent centrales. Mais en passant par la beauté d’une scène, la puissance de vie des regards des interprètes, ou l’absurdité des situations décrites dans un récit au langage très direct et actuel, elle agit sur nos perceptions… comme sur nos consciences pour mieux interroger le temps présent et ce qui est à l’œuvre aujourd’hui. Gaëlle Bourges n’a pas peur de la frontalité – dans tous les sens du terme –, ni de rester collée à son sujet. Une obstination contagieuse qui nous fait dire aussi : oui, nous sommes toutes des « Laura ».
La Terrasse, Nathalie Yokel, le 2 novembre 2021.

(La bande à) LAURA tableaux vibrants
La metteuse en scène Gaëlle Bourges revisite les toiles de Manet avec malice, en compagnie de quatre performeuses, pour mettre en lumière les femmes de l’ombre de l’histoire de l’art.
Imaginons la voix type d’un audioguide de musée. Plus exactement, sa musicalité. Une voix calme, appliquée, qui laisse le temps au regard de circuler sur la toile. On croirait presque la voix d’un robot, mais c’est celle d’un professionnel exercé à guider notre œil sans diriger nos émotions. Car c’est un métier savant, de savoir commenter l’œuvre sans la moindre affectation, en livrant détails factuels et éléments historiques dans un souci scrupuleux d’objectivité scientifique. Qu’est-ce qu’elle l’imite bien, cette voix neutre, Gaëlle Bourges, et qu’est-ce qu’elle s’éclate en commentant le Déjeuner sur l’herbe de Manet, à pirater l’exercice, glissant dans l’audioguide, par petites touches impressionnistes et avec la même placidité qu’une lecture de cartel de musée, d’amusants commentaires subjectifs et d’instructives considérations sur le statut des putes, des lesbiennes, des modèles et des femmes peintres du XIXe siècle, sur la condition des mêmes aujourd’hui, aussi.
C’est la malice qu’a cette autrice, metteuse en scène, chorégraphe, qui nous pousse chaque fois avec autant de plaisir dans les petits écrins spectaculaires qu’elle échafaude pour nous conter l’histoire de l’art via ses zones d’ombre et mystères cachés : actuellement en tournée avec OVTR, sur les restitutions des fresques du Parthénon, la voici qui présente une nouvelle pièce, centrée sur les femmes posant pour Manet. Un peintre avec qui elle partage un goût du détournement. Souvenons-nous, explique-t-elle dans (la Bande à) LAURA à quel point son Olympia reprend la Vénus de Titien transformant la figure mythologique du XVIe siècle en travailleuse du sexe officielle du XIXe, ce siècle de la colonisation et de l’industrialisation, de violence et de fureur.
Le « Laura » du titre est un clin d’œil adressé à Laure, le modèle noir du tableau Olympia dont Gaëlle Bourges ne fait pas l’unique personnage principal de sa pièce, mais plutôt le membre désormais incontournable d’une communauté artistique. Le spectacle fonctionne comme tous les autres de Gaëlle Bourges : des tableaux vivants, muets, incarnés par des danseurs (ici quatre performeuses) se font et se défont lentement sur le plateau pendant qu’une voix off les commente. Parfois le tableau vivant illustre le texte, parfois il le complète : ici la gouvernante noire prend la place de la prostituée blanche, qui à son tour prend la sienne, dans un roulement des rôles entre actrices blanches et noires qui souligne d’abord puis mélange et neutralise les couleurs de peaux. Et c’est donc aussi par la suggestion toujours fine des images, par les jeux d’écart entre le tableau d’hier et ceux construits sur scène aujourd’hui, que Gaëlle Bourges éclaire de son humour et de sa grâce ce sujet longtemps laissé dans les tiroirs de la muséographie, avant du moins que l’exposition « Le Modèle noir », donnée à Orsay en 2019, ne l’en extirpe enfin.
Libération, Eve Beauvallet, 18/11/2021

Il y a longtemps que je collectionne des cartes postales reproduisant des œuvres que je vois dans les musées. C’est un peu une tradition : je visite un endroit, et avant de partir je passe à la boutique de souvenirs pour choisir quelques reproductions de ce que j’ai préféré – pour me souvenir, justement. Ces cartes arrivent ensuite sur mes étagères, et je peux les regarder à loisir depuis mon canapé. C’est peut-être à force de regarder ces reproductions d’images anciennes que j’ai eu envie d’expérimenter comment leur donner corps sur scène. Ce qui est paradoxal, puisque dans mes spectacles, on ne voit finalement jamais l’image en question. C’est tout le travail qui anime les performers sur scène : rendre visible quelque chose de l’image, sans jamais en montrer une reproduction. C’est pour cette raison que je n’utilise jamais le médium photographique ou vidéo et que je préfère avoir recours à des matériaux simples : tables, chaises, bâches, cartons, fils, scotch, etc. qui sont choisis ou/et fabriqués par nous soigneusement, scrupuleusement, malgré la modestie de leur apparence. Pour rendre visible quelque chose de l’œuvre, il s’agit alors d’inventer une série de manipulations de ces objets qui soit capable de donner à voir l’espace où des corps - qu’ils soient humains, animaux, plantes, couleurs, etc. - sont présents ; c’est à dire : l’espace de l’œuvre, mais aussi et simultanément, l’espace où elle est exposée. Créer un dispositif de vision.
Les actions des performers sur scène consistent donc à organiser peu à peu et en direct ce dispositif, tout en interagissant entre eux et de conserve. La lumière complexifie encore davantage la relation à l’image d’origine : l’éclairagiste, Abigail Fowler, ne recopie en effet pas la lumière présente dans l’œuvre, mais l’interprète. L’Olympia d’Édouard Manet fait partie de ces « vieilles » images marquantes qui nous habitent, et qui construisent encore notre rapport au monde en termes d’imaginaire - que l’on en ait conscience ou pas 4 d’ailleurs : une multitude d’images anciennes se cachent dans les images contemporaines. Apprendre à les voir à travers la profusion « visuelle » dans laquelle on vit aujourd’hui, c’est comme plonger dans un fleuve et remonter à contre-courant vers sa source - on glisse dans des rivières, des ruisseaux, des eaux souterraines en affinant ses perceptions, en cultivant sa pensée, en vidant le trop plein. Elles sont comme les cailloux blancs déposés par un Petit Poucet dans la forêt dense pour trouver le chemin de retour vers la maison. Ici, la maison ne serait pas le foyer familial, mais plutôt un mouvement vers ce qui est bien antérieur au temps de maintenant ; un arpentage du processus de sédimentation qui a façonné patiemment notre façon de voir le monde : le rapport des peintres au nu féminin, par exemple. Le mouvement à rebours vers l’œuvre induit de la renommer : ce ne sera pas Olympia, nom de déesse imaginé par Manet et qui n’a jamais existé dans le panthéon gréco-romain. C’est pourtant le nom qu’on donne habituellement à la figure la plus commentée du tableau : la femme allongée, qui ne s’est jamais appelée « Olympia », en vrai. Ce sera (La bande à) LAURA, en hommage au prénom de la figure oubliée : la femme debout qui tend les fleurs à la femme allongée. Elle se prénommait Laure, en vrai.
Gaëlle Bourges