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Aina Alegre
CCN Grenoble & STUDIO FICTIF
Danse / jeudi 20 mai 20h  / Le Foirail
durée 1h / TARIF A

La mémoire de la flamenca espagnole Carmen Amaya imprègne les gestes des interprètes et leur insuffle sa flamboyance et sa force tellurique. Entre frappes contenues et élans fulgurants, la danse tire de cet héritage une matière vive qui s’autorise le métissage.

Toujours intimement liées à la musique, les pièces d’Aina Alegre puisent dans ses racines et construisent un dialogue vivant entre corps et sons. Avec Fugaces, la chorégraphe barcelonaise signe sa première création en tant que co-directrice du Centre chorégraphique national de Grenoble. Elle convoque la figure mythique de Carmen Amaya qui, dans la première moitié du XXe siècle, a bouleversé les codes d’un art dominé par les hommes et imposé une danse nerveuse, percussive et affranchie des conventions. Bras qui cinglent l’air, torsions des bustes, frappes des talons : Fugaces capte l’énergie et la fougue de la bailaora et déploie sa musicalité dans un espace sculpté par la lumière de Jan Fedinger. La création sonore alimente ce rituel fiévreux, intégrant des fragments du Boléro de Ravel ou le son d’un trombone joué en live. Les gestes se diffractent, alternent lenteur et fulgurance, se frottent à d’autres langages. De cette tension surgit une danse habitée, mue par l’instinct et l’urgence, où se révèle l’aura de La Capitana.

Conception et direction artistique Aina Alegre / Création et interprétation Adèle Bonduelle, Maria Cofan, Cosima Grand, Hugo Haïsse Hagen, Hanna Hedman, Yannick Hugron, Gwendal Raymond / Création lumière Jan Fedinger / Création et espace sonore Vanessa Court / Costumes Aina Alegre et Andra Otín / Coordination technique Juliette Rudent-Gili / Assistante du projet Séverine Bauvais / Régie son Guillaume Olmeta / Régie lumière Roberto Baldinelli / Accompagnement et regard Juan Carlos Lérida et Marie Quiblier / Remerciements Montse Madridejos pour la documentation / Diffusion Damien Valette / Production Colette Siri / Crédit photo Martin Argyroglo

Production

Production Centre chorégraphique national de Grenoble & STUDIO FICTIF. Coproduction MC2 Maison de la culture - Scène nationale de Grenoble, Charleroi Danse - Bruxelles, La Briqueterie - CDCN du Val de Marne, Bonlieu Scène nationale Annecy, Mercat de les Flors - Barcelone, La Biennale de Lyon, DDD-Festival Dias de Dança Porto. Soutien Theater Freiburg - Allemagne / Lauréate MIRA de l’Institut français, SPEDIDAM. Le Centre chorégraphique national de Grenoble est financé par la Drac Auvergne - Rhône-Alpes / Ministère de la culture et de la communication, la Région Auvergne - Rhône-Alpes, le Département de l’Isère, Grenoble Alpes Métropole.

La mémoire de la flamenca espagnole Carmen Amaya imprègne les gestes des interprètes et leur insuffle sa flamboyance et sa force tellurique. Entre frappes contenues et élans fulgurants, la danse tire de cet héritage une matière vive qui s’autorise le métissage.

Toujours intimement liées à la musique, les pièces d’Aina Alegre puisent dans ses racines et construisent un dialogue vivant entre corps et sons. Avec Fugaces, la chorégraphe barcelonaise signe sa première création en tant que co-directrice du Centre chorégraphique national de Grenoble. Elle convoque la figure mythique de Carmen Amaya qui, dans la première moitié du XXe siècle, a bouleversé les codes d’un art dominé par les hommes et imposé une danse nerveuse, percussive et affranchie des conventions. Bras qui cinglent l’air, torsions des bustes, frappes des talons : Fugaces capte l’énergie et la fougue de la bailaora et déploie sa musicalité dans un espace sculpté par la lumière de Jan Fedinger. La création sonore alimente ce rituel fiévreux, intégrant des fragments du Boléro de Ravel ou le son d’un trombone joué en live. Les gestes se diffractent, alternent lenteur et fulgurance, se frottent à d’autres langages. De cette tension surgit une danse habitée, mue par l’instinct et l’urgence, où se révèle l’aura de La Capitana.

DISTRIBUTION

Conception et direction artistique Aina Alegre / Création et interprétation Adèle Bonduelle, Maria Cofan, Cosima Grand, Hugo Haïsse Hagen, Hanna Hedman, Yannick Hugron, Gwendal Raymond / Création lumière Jan Fedinger / Création et espace sonore Vanessa Court / Costumes Aina Alegre et Andra Otín / Coordination technique Juliette Rudent-Gili / Assistante du projet Séverine Bauvais / Régie son Guillaume Olmeta / Régie lumière Roberto Baldinelli / Accompagnement et regard Juan Carlos Lérida et Marie Quiblier / Remerciements Montse Madridejos pour la documentation / Diffusion Damien Valette / Production Colette Siri / Crédit photo Martin Argyroglo

 

Soirée After

Fugaces
jeudi 20 mai après le spectacle
Le Foirail / Gratuit

Et si le spectacle se prolongeait autrement ? Cette saison encore, des moments festifs et conviviaux prennent le relais de la représentation pour nous retrouver ensemble en extérieur dans la ville, sur le parvis, sur le plateau, ou dans la coupole du Foirail, en bref, autant d’espaces à investir lors de bals ou de dj sets. Pensés avec les artistes, ces moments sont autant d’invitations à nous retrouver, à échanger… et surtout à danser. Donnez libre cours à votre envie de bouger !

Workshop danse

autour de Fugaces
samedi 22 mai 10h-13h
Théâtre Saragosse

professionel.le.s et amateur.ice.s confirmé.e.s – tarif unique 25€ + 18€ pour le spectacle
achetez vos places

Pour rencontrer les artistes, comprendre leur démarche de création, traverser de nouvelles expériences ou simplement passer un moment ensemble… rien de tel que de faire, alors rejoignez-nous !

 

Aina Alegre

Chorégraphe et danseuse, Aina Alegre crée depuis 2010 différents spectacles et performances de formats très variés. Elle envisage la création chorégraphique comme un terrain pour ouvrir des imaginaires autour du corps. À travers la danse elle explore différentes relations au corps collectif et son travail chorégraphique est conçu comme une « orchestration » du mouvement, du son, de la lumière et de l’espace. Depuis plusieurs années, Aina Alegre assume une écriture autant chorégraphique que musicale. À travers ses créations, elle mène aussi un travail de recherche autour des notions de mémoire et d’archive qui traversent l’ensemble de son travail.

Après une formation multidisciplinaire mêlant la danse, le théâtre et la musique à Barcelone, Aina Alegre intègre en 2007 le CNDC d’Angers. Dès 2010 elle est interprète et parallèlement crée des pièces pour le plateau et des performances dans des espaces hybrides. En 2014, elle fonde à Paris la compagnie SUTDIO FICTIF afin d’accompagner ses projets et créations. Depuis, son travail a été présenté dans différents pays comme l’Espagne, la France, l’Italie, la Belgique, la Grèce, la Suisse, l’Allemagne, le Pérou ou encore la Roumanie.

En 2011, elle crée la performance La maja desnuda dice, cette proposition aboutit à la création de la pièce No se trata de un desnudo mitológico (2012). Par la suite, elle crée Délices (2015), Le jour de la bête (2017) et La nuit nos autres (2019). En 2020, elle crée la pièce Concreto en collaboration avec David Wampach et le solo R-A-U-X-A. En 2021, elle crée Étude 4, Fandango et autres cadences, au festival d’Avignon dans le cadre du programme « Vive le sujet ! » coproduit avec la SACD. En 2022, elle crée sa première grande pièce de groupe This is not (an act of love & resistance). En 2023, elle crée Swing-motor pour le Jeune Ballet du CNSMD de Lyon.

La même année, elle ouvre le Festival de Marseille avec Parades & désobéissances, une pièce réunissant plus de cent amateur·ice·s, reprise en 2024 au Palais des Sports de Grenoble. Depuis mai 2024, elle performe Blau dans des contextes muséaux, un solo initialement conçu à l’occasion de l’exposition Miró au Musée de Grenoble. En mars 2025, elle crée Fugaces à la MC2 : Grenoble, une pièce pour sept danseur·euses. En juillet 2025, elle propose une nouvelle version de Parades & désobéissances, en collaboration avec Bonlieu Scène nationale Annecy, présentée en ouverture d’Annecy Paysages et au Défilé de la Biennale de Lyon.

Parallèlement aux projets scéniques, elle met en place depuis 2018 le projet de recherche et de performances Études avec lequel elle rencontre des personnes et des territoires et collecte des récits et des danses autour des pratiques et danses liées à la gestuelle du martèlement et de la frappe. Elle travaille autour de la mémoire, de l’archive et utilise la parole comme moteur chorégraphique. En 2024, elle a créé sa dernière étude Réverbérations - étude 8 au Festival Les Inaccoutumées de la Ménagerie de Verre - Paris.

Depuis 2023, elle co-dirige le Centre chorégraphique national de Grenoble avec le danseur Yannick Hugron.

Sur Fugaces

Une pénombre d’où se détachent des silhouettes au lointain. Puis une danseuse au-devant, surgie d’on ne sait quel limbe. Cette apparition figure-t-elle la Carmen Amaya, grande danseuse flamenca à l’origine de la recherche et de l’inspiration d’Aina Alegre pour cette création ? Le port de bras n’est pas tout à fait un braceo, le trépignement pas vraiment un zapateado… mais d’où viennent alors ces états, repris peu à peu par l’ensemble des sept danseurs ? L’impressionnante bande sonore mitraille, la lumière pulse comme le battement sourd d’un cœur, et voici que s’organisent des solos, des trios, des ensembles s’avançant face au public dans des souffles et des voix qui s’échappent en une énergie conquérante. L’attaque du geste, la vélocité, les tours en vrilles spiralées, les épaulements, le ploiement de la colonne, le martèlement du sol, les bustes projetés et les regards perçants… pas de doute, l’état flamenco est bel et bien là. C’est sur cette base qu’Aina Alegre a construit une chorégraphie haletante, pénétrante, déferlante, dans un flot oscillant entre le sauvage et la maîtrise.

Les podiums ou le cercle de lumière ouvrent des espaces propices à la représentation de soi qui est aussi le jeu du flamenco. Mais la chorégraphe, sans jamais se laisser absorber par la forme, tisse des variations bien ancrées promptes à inviter d’autres codes : on est proche d’une ambiance de défilé, de battle, de fanfare, de club, presque de haka, dans des explosions de plaisir qui ne laissent aucune place aux stéréotypes. Carmen Amaya osait danser en pantalon ; ceux-là en costumes unisexes ne s’embrouillent pas de ces repères. Ils sortent leur « être flamenco », d’une puissance increvable et bien d’aujourd’hui. Quand pourrait sonner la fin du monde par un Boléro rouge de fracas, ils nous enjoignent collectivement à nous soulever, les bras offerts, ou gravissent les marches dans une frénésie dansée, prêts à en découdre. Des images et une énergie qui, bien qu’insaisissables, nous laissent une forte impression.

La Terrasse, Nathalie Yokel, le 21/03/25.


Sur le plateau plongé dans la pénombre, des silhouettes s’esquissent. Ombres suspendues, fantômes en attente. La scène vibre d’une rythmique sourde, un battement en arrière-plan. Soudain, une présence surgit. Une danseuse fend l’obscurité, happée par un halo de lumière blanche. Son corps hésite entre lenteur et fulgurance, comme traversé par l’esprit d’Amaya. Mais ici, point de zapateado martelé, la frappe des talons cède la place à une gestuelle plus ample, plus aérienne. Une danse où l’empreinte du flamenco se devine, mais où l’écriture chorégraphique s’aventure ailleurs.

Les sept interprètes empruntent au flamenco son langage, mais en déconstruisent la syntaxe et en étirent le souffle. Bras qui cinglent l’air, torsions, enjambées nerveuses... Chaque corps s’empare à sa manière de la figure de Carmen Amaya. Certains en saisissent la rage gitane, d’autres la précision vertigineuse. Ensemble, ils tissent un dialogue, un maillage mouvant entre tradition et réinvention.

Aina Alegre ne cherche pas à raconter. Elle capte l’élan. Elle fouille dans l’instinct, dans l’urgence du geste. Elle entraîne ses interprètes dans une transe éruptive, une partition qui se compose et se défait sous nos yeux, oscillant entre tension et abandon. La musique pulse, les corps résonnent. Loin d’une simple célébration, Fugaces est une expérience sensorielle, une onde vive autant qu’un hommage en perpétuelle métamorphose, que les magnifiques lumières de Jan Fedinger sublime.

L’essentiel est là : l’énergie circule, l’alchimie opère, et le public, emporté, se laisse happer par cette danse habitée où le flamenco dialogue avec d’autres langages, du fandango au hip-hop, en passant par la techno. Une onde vibrante où chaque mouvement revisité esquisse un rituel fiévreux où le corps devient mémoire et incarnation.

L’Œil d’Olivier, Olivier Frégaville, le 12/03/25.

Note d’intention

Fugaces est une sorte de déclaration d’amour à Carmen Amaya (1918), bailaora, actrice et chanteuse dont l’énergie créatrice et l’histoire me hantent. Une pièce qui invoque cette figure à travers une libre interprétation.

Cette artiste battante, entrepreneuse et autodidacte apprend le flamenco dès son jeune âge sur la plage de l’ancien quartier gitan de Barcelone, el Somosrostro. Elle a eu un parcours hétéroclite : du quartier gitan de Barcelone à Hollywood, de l’exposition universelle à la Maison Blanche, du flamenco traditionnel à la mise en scène du Boléro de Ravel... Malgré une riche carrière artistique et bien qu’elle soit l’une des artistes les plus médiatisées dans l’art du flamenco, sa démarche et son œuvre restent peu visibilisées de nos jours. Fugaces active ce fantôme.

Il m’est difficile de décrire ce qu’elle a laissé comme trace la première fois que j’ai vu sa danse. Elle dégage une force qui est reliée à sa communauté, une danse qui n’a rien de folklorique, ni d’ornemental, mais plutôt qui revendique, qui s’impose. Elle provoque en moi la possibilité de voir la danse comme puissance de vie, comme endroit de lutte et de survie. Cette pièce est aussi une tentative de faire revivre son énergie et de la laisser s’infuser dans mon écriture.

L’écriture chorégraphique s’appuie sur des archives textuelles et vidéos. Une tentative de réactiver ce corps du passé, de se laisser traverser par son énergie, de traduire et spéculer son mouvement à travers nos outils et pratiques contemporaines.

Je tisse ici une danse géométrique, percutante, rapide, fulgurante avec de grandes suspensions. Une danse bruitiste et silencieuse à la fois. Avec Fugaces, je renouvelle ma recherche et mon obsession pour les corps qui frappent, qui se mettent en rythme, qui produisent par leur danse, une forme de musique interne.

Ici, nous célébrons ce fantôme à travers une danse collective. Nous convoquons une énergie électrique et percussive. Une écriture de gestes et d’espace où les corps vont se propulser à travers des pas, des tours, des sauts et contagionner dans des rythmes et mélodies joués en live.

Carmen Amaya est ici une sorte de « revenante » pour produire une matière contemporaine. Une danse rituelle dont les corps seront hantés fugacement !

Aina Alegre

ESPACES PLURIELS PAU
SCÈNE CONVENTIONNÉE D'INTÉRÊT
NATIONAL ART ET CRÉATION DANSE
17 AVENUE DE SARAGOSSE
64000 PAU