De jeunes comédien·ne·s à l’ardeur communicative ressortent journaux intimes et archives familiales pour parler de leurs rêves, de leurs peines, du bouillonnement des émotions. Une exploration vive et joyeuse de l’histoire par le prisme des sensations.
Comment penser la création depuis nos affects ? Fanny de Chaillé et ses comédien·nes prennent le virage d’un langage sensible qui ne craint pas l’amour, la peur, les larmes. L’actuelle directrice du Théâtre national Bordeaux Aquitaine revoit de fond en comble notre vision de l’Histoire pour la remettre au plateau. Dans Ultrasensibles, elle fait émerger les « ego-documents » de sa troupe virtuose de jeunes comédien·nes, recomposé·es en une famille qui décide de vider la cave : qu’est-ce qu’on jette ? qu’est-ce qu’on garde ? Après Le Choeur, spectacle choral plein de verve accueilli en 2024, la metteuse en scène, jamais à court d’inventivité, retrouve le plaisir de la parole partagée. Les mots se déploient comme une partition organique et la musique live, portée par la contrebassiste Sarah Murcia et le guitariste Gilles Coronado, participe à la création d’une oeuvre à la fois délicate et intense. Un théâtre à éprouver qui fait entendre, derrière les récits, les battements de coeur de notre époque.
Création
Conception et mise en scène Fanny de Chaillé / Avec Margot Alexandre, Maudie Cosset- Chéneau, Luna Desmeules, Pierre Ripoll, Malo Martin, Tom Verschueren, Margot Viala, Valentine Vittoz / Musiciens Sarah Murcia (Contrebasse / Clavier) et Gilles Coronado (Guitare) / Assistant Christophe Ives / Composition musicale Sarah Murcia / Lumière Willy Cessa / Son Manuel Coursin / Costumes Marie La Rocca / Assistante costumes Françoise Léger / Régie générale Emmanuel Bassibé / Régie son François-Xavier Vilaverde / Crédit photo Marc Domage

Production tnba – Théâtre national Bordeaux Aquitaine. Coproduction Théâtre de Nîmesscène conventionnée d’intérêt national (art et création - danse contemporaine), Nouveau Théâtre de Besançon - Centre dramatique national, Le Lieu Unique - scène nationale de Nantes, Bonlieu Scène nationale Annecy, MC93 – Maison de la Culture de Seine-Saint- Denis. Soutien Prix Tremplin Leenaards, La Manufacture - Suisse.
De jeunes comédien·ne·s à l’ardeur communicative ressortent journaux intimes et archives familiales pour parler de leurs rêves, de leurs peines, du bouillonnement des émotions. Une exploration vive et joyeuse de l’histoire par le prisme des sensations.
Comment penser la création depuis nos affects ? Fanny de Chaillé et ses comédien·nes prennent le virage d’un langage sensible qui ne craint pas l’amour, la peur, les larmes. L’actuelle directrice du Théâtre national Bordeaux Aquitaine revoit de fond en comble notre vision de l’Histoire pour la remettre au plateau. Dans Ultrasensibles, elle fait émerger les « ego-documents » de sa troupe virtuose de jeunes comédien·nes, recomposé·es en une famille qui décide de vider la cave : qu’est-ce qu’on jette ? qu’est-ce qu’on garde ? Après Le Choeur, spectacle choral plein de verve accueilli en 2024, la metteuse en scène, jamais à court d’inventivité, retrouve le plaisir de la parole partagée. Les mots se déploient comme une partition organique et la musique live, portée par la contrebassiste Sarah Murcia et le guitariste Gilles Coronado, participe à la création d’une oeuvre à la fois délicate et intense. Un théâtre à éprouver qui fait entendre, derrière les récits, les battements de coeur de notre époque.
Conception et mise en scène Fanny de Chaillé / Avec Margot Alexandre, Maudie Cosset- Chéneau, Luna Desmeules, Pierre Ripoll, Malo Martin, Tom Verschueren, Margot Viala, Valentine Vittoz / Musiciens Sarah Murcia (Contrebasse / Clavier) et Gilles Coronado (Guitare) / Assistant Christophe Ives / Composition musicale Sarah Murcia / Lumière Willy Cessa / Son Manuel Coursin / Costumes Marie La Rocca / Assistante costumes Françoise Léger / Régie générale Emmanuel Bassibé / Régie son François-Xavier Vilaverde / Crédit photo Marc Domage
Stage théâtre
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Au moment de faire du tri, un groupe de personnes débat : Que faut-il garder des archives conservées dans la cave ? En s’inspirant de la situation inaugurale du spectacle Ultrasensibles, les participant.e.s., accompagnée.e.s par le comédien Maudie Cosset-Chéneau, vont jouer à partir de canevas d’improvisation, débattre pour de vrai, mais aussi apprendre une chorégraphie présente dans la pièce.
Fanny de Chaillé
Fanny de Chaillé engage un théâtre du corps où elle aime séparer texte et mouvement pour mieux ré-agencer leur rencontre. C’est dans ce jeu d’échanges entre corps et voix que les écarts et distorsions se créent, que le langage gagne en physicalité et en plasticité. Ses pièces, projets et installations ne s’inscrivent pas dans un champ disciplinaire figé, plutôt les superposent, sur les plateaux ou en dehors (galeries, salles de concert, bibliothèque, amphithéâtre universitaire). Ses dernières créations reflètent cet intérêt pour les dispositifs et les modes d’adresse et d’écoute, qu’il s’agisse de redonner voix et corps au discours inaugural de Michel Foucault au collège de France (Désordre du discours, 2019), de faire collectif autour de dix jeunes comédien·nes de l’ADAMI (Le Chœur, 2020), de croiser les générations (Les Grands, 2019), ou de revisiter l’album Transformer de Lou Reed dans un format tout terrain (Transformé, 2021). Une autre histoire du théâtre (2022) dépose entre les mains de quatre jeunes acteur·ices, l’histoire de l’art dramatique et ses mutations esthétiques en jeu depuis les années 20. Elles et ils s’en s’emparent avec des moyens simples, dans un théâtre de la relation qui met en résonance formes, gestes et écritures avec les enjeux politiques et sociaux contemporains. Avec Avignon, une école (2024) Fanny de Chaillé traverse les archives du Festival d’Avignon depuis sa création et invite les étudiant.es sortants de La Manufacture – Haute école des arts de la scène de Lausanne à rejouer leurs propres expériences, moments d’anthologie, témoignages d’artistes, regard critique ou paroles de spectateur·ices.
Formée à l’Esthétique à Paris Sorbonne au début des années 90, Fanny de Chaillé crée ses propres installations et performances à partir de 1995, et des spectacles pour la scène dès 2003, avec cette façon de faire corps en s’appuyant sur des textes littéraires – Georges Pérec dans Le voyage d’hiver, Thomas Bernhard dans Je suis un metteur en scène japonais, Hugo von Hofmannsthal dans Le Groupe -, en puisant dans une culture musicale rock et populaire – Karaokurt (1996), Gonzo Conférence (2007), Mmeellooddyy Nneellssoonn (2012), Transformé (2021) – en imaginant des formes hybrides, hors plateaux – La Bibliothèque, Projet Kids.
Artiste associée de la scène nationale Chambéry Savoie (2014-2022), du CND Lyon (2017-2020), au Théâtre Public de Montreuil – CDN, à Chaillot, Théâtre national de la danse depuis 2022, au Théâtre de Nîmes depuis 2023 ou invitée par la Maison des Métallos (CoOP – 2020) ou par le Centre Pompidou en 2013 pour y investir l’Espace 315 avec La Clairière, Fanny de Chaillé, questionne le dispositif théâtral et invente de nouvelles manières de faire circuler les savoirs et les pratiques avec les amateur·ices et les publics.
En 2024, elle prend la direction du tnba - Théâtre national Bordeaux Aquitaine et de son école.
Ultrasensibles, de la joie plein les cartons
Avec Ultrasensibles, Fanny de Chaillé compose une série de saynètes autour des souvenirs de famille. Portée par deux musicien·nes et huit comédien·nes virtuoses, la pièce est un pur plaisir de mise en scène.
On ne vide pas une cave tous les quatre matins. On ne déménage pas sur un coup de tête. Heureusement, d’ailleurs. L’expérience est épuisante. Pas tant à cause des caisses qu’il faut porter, des marches qu’il faut monter, puis redescendre, mais parce qu’il se joue là quelque chose de cathartique, une archéologie personnelle mettant en scène des morceaux de vie, parfois même des vies entières. De cette expérience, Fanny de Chaillé a fait le point de départ de sa dernière pièce, Ultrasensibles. Une pièce qu’elle inscrit dans la continuité du Chœur (2020), d’Une autre histoire du théâtre (2022) et d’Avignon, une école (2024). À raison, puisqu’il s’agit de la même démarche : partir de l’anecdote, de l’intime, du cas concret, pour tendre vers quelque chose d’universel, pour tenter d’écrire quelque chose de l’ordre « d’une histoire des sensibilités ». Vaste projet, humble projet – tout à la fois.
Ainsi, le spectacle commence avec un problème d’ordre familial, exposé par huit comédien·nes aligné·es en rang d’oignons sur un plateau nu. Le fils a vidé la cave, sans crier gare. Tollé général, bronca dans le rang (d’oignon) ! L’une des filles s’insurge ; l’autre le défend ; le gendre s’en mêle. Pourquoi n’avoir prévenu personne ? Mais parce qu’il fallait bien le faire ! Chacun·e y trouvera là des échos à sa propre histoire. Mais le débat (houleux) fait place à une activité plus sympathique : la famille se replonge dans ses archives. Et c’est ici que le plaisir du théâtre entre en jeu. Les huit acteur·rices enchaînent les saynètes, tambour battant, recomposant les photos et les vidéos, re-racontant les souvenirs… Et quel régal ! Parce que la virtuosité des comédien·nes est remarquable — une question de précision, d’alchimie, de lâcher prise ; car la musique, interprétée au plateau par Gilles Coronado à la guitare et Sarah Murcia à la contrebasse et aux claviers, est aussi élégante que bien exécutée ; parce que la mise en scène de Fanny de Chaillé fourmille d’idées qui engagent les corps, et font advenir des milliers de références sans jamais s’y attarder.
sceneweb.fr, Igor Hansen-Løve, le 21/05/2026.
Note d’intention
Depuis ses origines et jusqu’à très récemment nous avons pensé l’Histoire du point de vue des dates et des grands hommes qui l’ont marquée. [...] Aujourd’hui une nouvelle façon de penser notre rapport au monde s’envisage, du point de vue « des sensibilités » : Qu’est ce qui était « éprouvable » par les femmes et les hommes à un moment donné, dans un contexte donné ? Cette façon de penser l’histoire est un changement de paradigme pour appréhender en tant qu’être humain notre rapport au monde, aux autres et je veux m’en servir pour inventer une forme pour la scène, repenser notre acte théâtral du point de vue du sensible, au présent, en me posant la question des enjeux sensibles de la représentation aujourd’hui. Comment repenser le langage dramatique du point de vue sensible ? Quelle langue, quel mot ? Quel son pour quel sens ?
Depuis 2020 je travaille avec de jeunes acteur·ices à qui je demande pour chaque projet de se situer vis-à-vis de l’Histoire. Travailler une archive c’est se replonger dans le passé des femmes et des hommes, cela nous permet de comprendre quelque chose sur eux mais également quelque chose sur nous. Les émotions sont contextuelles comme la vérité qui évolue en fonction des époques. Travailler sur les sensibilités c’est proposer une autre lecture en rappelant le poids de la vie affective dans la détermination de nos conduites individuelles comme dans la marche des sociétés.
Il me semble que les enjeux d’une représentation théâtrale sont forcément reliés à ces objets sensibles. Parce qu’on apprend à sentir et à ressentir en société, les sensibilités ne sont pas un supplément d’âme ; elles sont au cœur des grands principes d’organisation du monde social, de nos représentations.
[...] Faire une pièce aujourd’hui c’est penser le monde dans lequel nous vivons à l’instant où nous le vivons.
Fanny de Chaillé